Je crois que ...

 
 ... la vérité de l'absurdité de notre présence ici-bas nous fait mal aux yeux et il est rassurant de fixer par moments quelques gribouillis sur n'importe quel support afin que les images sordides et réelles qui nous pètent à la figure constamment n'envahissent pas nos nuits.
Faites de beaux rêves...




Par Annick SB - Publié dans : mystères
Dimanche 9 septembre 2007
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- Anomalie bijective - Layachi Hamidouche


... rien ...
... rien qui nous rappellerait que l'on a existé ...
... on ne sentirait plus notre peau, nos veines, nos rides ...
... on ne sentirait pas non plus notre impatience, le tourbillon du temps qui passe, le choc de celui qui s'arrête bêtement ...
... aucun petit carnet ne troublerait nos paupières des nuits entières ...
... pas de rendez-vous ...
... pas d'attente ....
... pas de souvenir ...
... pas de photos ...
... pas d'image ...
... pas de quai de gare ....
... pas de vieille chemise à grands carreaux ....
... rien ...
... il n'y aurait rien et ça serait limpide comme la lumière du petit matin qui est déjà trop présente quand je veux faire le vide ...
... rien ...
... il n'y aurait pas non plus ta voix dans mes oreilles bien sur, ni les paroles blessantes que j'ai envie de t'offrir en partage et que je ressasse à longueur de journée pour comprendre ...
... rien ...
... ni ta peau ...
... ni ton corps sur le mien ...
... et on ne serait ni là ni ailleurs ni présents ni absents ...
... rien ...
... pas de couleur, ni de forme ...
... pas de saveur ni de doute ....
... pas de souffrance ni d'espoir ...
... pas de rire, pas de voix, pas de souffle, pas de désir, pas de paroles amères, pas de trahison ...
... rien ...
... il n'y aurait jamais rien eu ...
... tout serait à inventer, uniquement pour que l'on puisse faire le vide ...

Annick SB

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Par Annick SB - Publié dans : aupieddumur
Dimanche 12 août 2007


Ils ont eu un accident
stupide comme tous les accidents.

Ils s'en sont sortis vivants mais pas indemnes
c'est un peu à cause de la trouille tout ça, de sa trouille à elle
de la peur, oui tout simplement et ça a failli tout foutre en l'air pour eux

c'était une chute brutale, inattendue comme le sont très souvent ses paroles
une descente aux enfers
une rage
une terreur
une panique
un abandon
l'accident con, comme toujours

et maintenant l'incertitude qui bloque, qui paralyse, qui pétrifie jour après jour

Ils se sont retrouvés quelques mois après avec des sensations ambivalentes

d'une part l'impossibilité de faire comme si tout était pareil qu'avant bien sur
ce serait si simple !
lenteur de l'approche
hésitation
bouche sèche
larmes
sanglots
trouille encore
protocole inévitable de la distance que l'on pense salvatrice
deux baisers sur les joues
"salut" au téléphone
bouclier
rempart
protection

d'autre part la douce sensation que tout était pareil en définitive
le guiliguili au creux du ventre
un effleurement de la joue, carte de visite de la tendresse
regards
sourires
complicité
émois

pas d'amnésie

elle, c'est comme si elle ne savait plus marcher tout en se sentant pourtant la force de courir vers lui
lui, comme si il ne voulait plus l'épauler, se joindre à elle, tout en étant infinimment présent dans la distance qu'il lui impose

elle est fatigante
il est fatigué

une forme de tristesse, de compassion et de pudeur mêlées à l'incompréhension et au désir 

ils se sont vraiment sentis meurtris, blessés, abandonnés, incompris, largués

un accident stupide

ils ne savent pas si ils connaissent les bons gestes, les bonnes paroles pour aller de l'avant tête haute
c'est insupportable pour elle cela, de ne pas savoir ce qu'elle peut désormais offrir tout simplement à l'homme qu'elle aime

Ils se rencontrent néanmoins car elle insiste
elle est têtue
elle a la foi dans l'amour qu'elle lui porte
une foi infinie
en fait, elle ne peut lui offrir que son insistance justement, que sa croyance, sa persévérance et ses espoirs
ils se regardent
le regard est grave mais profond
plein de cette tendresse mêlée d'incompréhension

ils ont eu un accident

et ils espérent

Ils pansent leurs plaies chacun à leur manière, chacun dans leur coin, en attendant de pouvoir se chatouiller les cicatrices tout doucement en éclatant de rire ...

Annick SB



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Par Annick SB - Publié dans : Et si vous écriviez la suite ?
Jeudi 12 juillet 2007

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Elle n'avait jamais rien compris, jamais !
Mais ses amies l'appréciaient malgré tout .


Ce soir là, elle passait en revue les uns après les autres les livres poussiéreux de l'étagère de Sylvain.
Il lui avait prêté sa piaule ; elle l'imaginait, sur le pas de la porte, lui disant d'un ton poli :

" Donnez-vous la peine d'entrer."

Sylvain, c'était l'ami d'enfance de Christiane et Christiane une très bonne copine de fac .
C'est celle ci qui avait autorisé Sylvain à lui donner les clés de son logement  pendant son absence alors qu'il n'était pas convaincu du tout de le faire.
Elle avait répondu à son ...
" Tu crois qu'elle est pas trop flippée avec ce qui lui est arrivé ? "
par un...
" Je te dis que elle va assurer , crois moi !"
et quand Christiane  disait ...  alors Sylvain faisait !

Devant la porte d'entrée elle savait qu'elle n'avait ni le droit de se jeter par la fenêtre, ni le droit de se tirer une balle dans la tête et d'ailleurs elle ne jouait plus à la balle depuis bien longtemps, ni même celui d'avaler un tube de cachets ... ça fait désordre !
Non, juste le droit d'une insomnie, lente, dans l'absence d'effort qui la serrait depuis peu comme un étau ; lente, prenante comme une plainte démesurée et un cri sans fin, le diapason de la patience forcée, réglé indéfiniment par le temps ...

C'est ainsi, qu'elle était entrée chez Sylvain, comme chez elle, simplement.
A l'aise dans beaucoup d'endroits, curieuse de la vie des autres et tellement loin de la sienne ces derniers temps .


... légère pression sur l'interrupteur, gilet posé sur une chaise, sandales lancées près de la porte pour ne pas salir le tapis, vite fait, bien fait ...


Elle contempla l'immense bibliothèque d'étudiant sans bouger.

Au bout de quelques heures, elle décida de lire, de relire plutôt, d'oser affronter la concentration et l'attention que demande toute lecture.

un droit réinitialisé ... l'appel des neuronnes ...

une nuit blanche avec pages noircies par les autres ... merci les autres ...

un partage à sens unique ... toujours ...

une liberté retrouvée ... enfin ...

un immense effort ... hélàs ...

Alors, d'un geste rapide, pour ne surtout pas revenir sur sa décision, elle attrapa un livre dont la tranche dépassait.
Ce n'était pas un livre intéressant !
un traité d'économie fastidieux
Mais la tranche dépassait ... et elle l'avait remarqué depuis un bon moment.

Une enveloppe tomba sur le sol.
Elle se baissa, la ramassa, et reposa le livre sur l'étagère.
Elle s'approcha du canapé pour s' allonger enfin  et ouvrit l'enveloppe.

Elle contenait une photo.
C'était une enfant, une petite fille ; on la reconnaissait par la taille et la chevelure mais chose étrange son visage  avait été remplacée par une tête d'éléphant.
- un montage, stupide ou ludique ? -
L'enveloppe contenait également un petit morceau de papier à lettre orange, de la taille d'un origami, mais pas plié ainsi .

Sur ce carré de papier coloré, cinq mots étaient griffonnés :

éléphant- abricot - plonger - cartons - rock and roll -

Alors, subitement, elle comprit ce qui lui restait à faire de sa nuit et se leva pour chercher dans son sac à main un .....


Annick SB

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Par Annick SB - Publié dans : Femmes
Lundi 25 juin 2007
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            Layachi HAMIDOUCHE




Tu envisages le manque comme un goutte à goutte d'acide
une brûlure lente
une fragile dépendance qui te hantait, que tu n'étais pas prête à vivre.

Tu envisages le manque qui t'habite comme une vengeance sur tes espoirs fous, interdits, peureux, brimés
comme une caresse polluée d'amertume
comme un oeil scrutant tes désirs d'ascension, de rebond, annonçant un vertige qui hisserait tes mots en les pinçant entre le pouce et l'index et te les mettrait sous le nez comme on met la truffe d'un chien dans la pisse lorsqu'il s'est oublié.

Tu envisages la manque comme  une sentence
comme un tourbillon d'affolements
d'hésitations
de frousse
le manque comme une longue habitude dosée à chaque étape par les rires et les mots
jamais trop haut
jamais trop fort
mais néanmoins timbrés.

Tu envisages le manque comme un destin tordu
comme un tord boyaux sans liquide
comme une vague sans ressac
comme un sac dans lequel on a enfermé le petit chat qui venait de naitre
pour l'étouffer justement
tu envisages le manque comme ton asphyxie
et tu te cramponnes pour ne pas trébucher.

Parfois le manque devient une rampe
un paravent au trop d'abandon
l'aspiration à tout abandonner justement pour ne pas succomber
un appel vers la mort pas encore apparue
une retenue
un suicide vivant
une déchéance
mais la tienne seulement, la tienne bien sûr, pas celle de tout le genre humain
tu vois le manque comme un égoïsme
une coupure, nette, franche
une solitude mondaine
un appel au secours.

Et puis, jour après jour, tu envisages le manque comme un escalier d'oxygène
comme les murs salvateurs d'une liberté qui t'appeure
la tienne
celle que tu as gagnée
conquise
gravée dans les plis de ton indifférence et de ta compassion envers toi-même
tu envisages le manque comme ta vérité ...

alors, alors seulement, tu vois la vie en rose et, apaisée tu fermes enfin les yeux et tu souris comme un bébé !

Annick SB
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Par Annick SB - Publié dans : Femmes
Dimanche 10 juin 2007


"On aurait dit la guerre ou bien un jour férié, sans repas de famille, sans électricité " ... paroles de Diabologum ...



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Dessin d'Antonio de la Garanda ( 1861-1917)


Elle vient de s' allonger, sur le côté ; elle est seule ; elle ne dort pas ; elle ne rêve pas.
Elle laisse filer le temps.
Elle se recroqueville car tout à coup, elle a mal au ventre.
Elle vient d'éteindre la radio et son esprit s'est figé sur une phrase qu'elle a entendu et qui explique peut-être sans le savoir ce qui se passe.
Elle n'en a plus pour longtemps et elle apprécie enfin cette absence d'attente.
 
C'est calme.
 
Dans sa tête les paroles de la dernière chanson de Diabologum remontent tel un renvoi acide, comme quand on n'a rien avalé depuis longtemps.
Elle marmonne :
 
-  "la guerre"  ; ça lui a fait penser à cachot .
 
Elle chasse immédiatement cette image de sa tête ; c'est terminé ça ; c'était il y a si longtemps.
 
C'est pas ça qui cloche.
 
- "un jour férié "  ?  sans  parloir ; habituel ; ça aussi elle le chasse de sa tête ; c'est pas important ; elle avait vite pris l'habitude et elle en est sortie de toutes façon.
 
- "sans repas de famille"  ;  souvenir inexistant ; ça passe aussi mais ça fait mal ; elle voulait faire différemment elle ; trop tard.
 
 
C'est donc le mot " électricité "qui vient  à la fois de la mettre mal à l'aise et de justifier toutes ses pensées.
 
" sans électricité "
Merde !
Galère .
EDF a coupé.
Et c'est là que tout a commencé , c'est ça , oui c'est exactement comme ça que c'est arrivé.
 
 
Tout a commencé par une coupure de courant ; ça l'a rendu dingue ; elle les a maudit avec sa rage habituelle ; elle  n'a pas encaissé  que la misère lui tombe  dessus, comme ça, d'un coup ; elle savait bien  qu'elle n'était pas la seule ; est-ce rassurant d'ailleurs de savoir qu'on est nombreux dans la misère ?
L'apprécie -t-on davantage, hein  ?
 
Plus d'électricité.
Elle répétait cette phrase, comme un robot, le jour où c'est arrivé.
- plus d'électricité -
- plus d'électricité -
- plus d'électricité -
 
Elle a du faire chauffer le lait de la petite au butagaz l'autre matin et elle s'est fait une cloque avec l'allumette car le racloir de la boite était humide et elle a du s'y reprendre plusieurs fois pour voir la flamme.
 
" sans électricité "   C'était tous les jours qu'on aurait dit ce jour avant .
 
C'est comme si il n'y avait plus rien  que l'attente d'un autre jour qui ne viendra pas, elle le sait bien.
Faut pas la prendre pour une idiote non plus.
 
 - recroquevillement , absorption , solitude, sans maître d'oeuvre pour polir la peine , sans rien, solitude , absorption, recroquevillement -
 
Elle se sent à l'étroit.
Elle n'arrive  plus à bouger parce que son champ d'action est limité par des barbelés de rien du tout qui l'encerclent.
Putain, comme elle va  faire pour sortir de là, pour se relever, pour aller la chercher à l'école.
 
L'attente .
Tout  n'est désormais qu'attente.
 
 
C'est  violent et calme à la fois l'attente, finalement, comme de la résignation.
solitude, noirceur...
 ... respiration coupée peu à peu,  pas d'un coup.
 
...  lent lent lent  ....  et sans fin  ... long long long ...  et flippant  .... et ça tourbillonne comme ça dans sa tête ...
Elle  perd un peu pied  ...  lentement ...
 
Maintenant elle est calme.
Sa respiration se ralentit.
C'est certain,  elle tient le bon bout .
Sa lumière  vacille et s'éteint.
 
Le dernier regret peut-être, la petite n'aura jamais de repas de famille elle non plus , mais à quoi bon ... sans électricité !
 
 
Annick SB
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Par Annick SB - Publié dans : Femmes
Dimanche 27 mai 2007

http://jacquesmuller.be/images/Attente_a75.jpg


         Attente - jacques Muller -


"La voix féminine tombe du haut-parleur, légère et prometteuse comme un
voile de mariée."

Mais moi je ne suis pas dupe.
oh non !
Je sens bien qu'ils cherchent à nous impressionner, à nous attirer vers une vie spéciale.
Je sais déjà qu'il ne faut pas bouger, ne pas en faire trop, et surtout se taire.
Je sais que tout ça c'est de la foutaise, que personne ne viendra me chercher ni ce soir ni les autres soirs,
et c'est tant mieux finalement.

Quand j'entends le prénom de mes amies, quand je les vois se lever une à une, lentement, et esquisser un sourire d'espoir j'ai envie de les tuer.
D'un coup comme ça, comme souvent, comme toujours ; ça me reprend : la rage.
Pour ne pas à avoir à affronter leur peurs futures, leurs reproches, leurs remontrances et surtout leur honte quand elles reviendront déçues.
Parce que j'en ai vu revenir, oui, je vous le dis moi .
J'ai envie qu'elles ne soient pas là.
Je crois que j'aimerais être seule.
Mais ça je ne peux le dire à personne et surtout pas à elles.
Elles sont si fragiles, si envieuses, si bêtes.
Happées par cette voix qui les interpelle, elles ont soudain la foi.
Les naîves...


Cette voix familière, douce, presque indécente de tendresse qui chaque fois me heurte sur le quai de la gare.
Je n'ai pas l'habitude.
Elle se veut belle cette voix , prometteuse, attirante.
Mais que promet elle réellement ?

Je vous le demande :
- avez vous idée ce ce qui va se passer là-bas, pour les élues ?
- avez vous idée qu'elles seront peut-être égorgées comme des porcs ?
- ou menottées ?
- ou vendues ?
- ou emmurées même, on ne sait pas ?
- comment avoir confiance en cette voix féminine ?
- comment surmonter ces décibels enjoués qui ne sont peut-être qu'un piège ?
D'ailleurs pourquoi me mettent-ils dans la file d'attente avec elles ?
Je n'ai rien demandé.
Jamais.
Je n'attends plus rien.
Je suis vide.

C'est flou, vaporeux...
Je tremble.
J'ai froid.
J'ai froid à tout mon petit être chétif qui réclame.
Il réclame en permanence...
une caresse
une promesse

Il réclame.


"La voix féminine tombe du haut-parleur, légère et prometteuse comme un
voile de mariée."


Annick SB
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Par Annick SB - Publié dans : citations ...
Dimanche 22 avril 2007
Le bulletin de vote est plus fort que l'arme d'un fusil .

Abraham Lincoln


L'image “http://www.ac-amiens.fr/pedagogie/associations/adcs/old/revues/numero7/t32condorcet/isoloir.gif” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.                                    L'image “http://membres.lycos.fr/yanngermain/images/urne.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.




http://www.linuxgraphic.org/albums/photomanilulations/liberte_free.sized.jpg


Si vous aimez l'humour, allez donc jeter un oeil sur le blog de Luc ( garde à vue ).
Je ne partage pas toutes ses opinions mais il a le mérite d'être amusant et par les temps qui courent ....

c'est précieux !


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Par Annick SB - Publié dans : citations ...
Samedi 14 avril 2007
http://www.lagardere-france.com/Produits/photos/vignettes/LAG143.0801.JPG



" La réalité est un yo-yo, le changement est la seule constante."

Paul Auster
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Par Annick SB - Publié dans : mystères
Mardi 20 mars 2007


http://www.france-vacances-tourisme.com/files/perche_05_PRINTEMPS_FOREST_CHEMIN_15X15.JPG



On a retrouvé le petit carnet de la fillette dans les fougères du bois.
On a interrogé tous les gens du village.
Ils ne comprenaient pas .
Personne ne comprenait en fait ce qui avait bien pu se passer, ni les gendarmes, ni le vieillard menotté et maltraité, ni les habitants révoltés, ni les journalistes aux aguets, ni moi.
Et c'était bien ça le plus grave.
Moi, je suis le juge et j'ai classé ce dossier - sans suite - après les nombreuses années d'instruction qui ont suivi ce mercredi après midi du mois de mai.

Je n'ai jamais plus rencontré dans ma carrière de faits aussi étranges, aussi sombres, aussi énigmatiques que celui ci.
Je n'ai jamais plus été dans cet embarras d'énigmes insolubles, d'interrogations sans fin, de questionnements sans réponse, d'absence de preuves, de dénouement.

Qui croire ?

Je me souviens qu'il y avait au village une petite fille prénommée Lola, oui, c'est ça, Lola et pas Lolita.
Sa mère avait longuement hésité à donner ce prénom à son enfant car dans le village voisin une fillette était née peu de temps avant, prénommée de la même manière.
Là-bas, la fillette s'appelait Lola mais tout le monde la surnommait "le petit chaperon rouge" car sa grand mère, couturière , patati patata ... enfin, vous voyez le truc quoi !
N'importe quoi !
A notre époque !

Dans le village, personne n'avait surnommée Lola d'aucune manière et c'était très bien ainsi.

C'était très bien ainsi car cette fillette, comme sa mère, aimait toutes les couleurs, sans distinction et n'aurait sûrement pas supporté une obligation vestimentaire colorée.
J'ai compris qu'elle aimait les couleurs en feuilletant son petit carnet.

Lola avait les cheveux couleur de boue, les yeux charbon et ses habits vert printemps égayaient les mèches brunes qui tombaient sur ses épaules.

Je dis ça pour faire nature, enfantin, pour vous faire un clin d'oeil aussi, je peux pas m'en empêcher, mais sur le dossier, rassurez vous, j'avais demandé à ma greffière de noter précisemment ceci :
" Lola S., née le premier mai 1990, cheveux châtains foncés, aux yeux noirs, habillée ce jour d'une tenue vert pomme - short + tee shirt en coton - ,portant des socquettes rouges et une paire de tennis blanches, mesurant un mètre 47 et pesant 33 kilos. etc, etc..."

Elle était jolie, gaie, rigolote ... insouciante ; enfin, c'est ce qu'on m'a rapporté
Elle avait tout pour elle comme on dit ; c'est ce qu'ils avaient déclaré les uns après les autres.
Ils avaient également souligné que, peut-être encore plus que les autres fillettes du même âge, elle possédait une capacité d'obervation sans pareille.
Elle passait son temps depuis le plus jeune âge à griffonner.
Apparemment, cela l'aidait à comprendre l'univers des adultes.

Tout se passait à merveille dans le meilleur des mondes...
Elle jouait.
Elle riait.
Elle imitait le bruit des animaux.
Elle lisait de nombreux livres.
Elle posait des questions.
Elle inventait les réponses.
Elle écrivait quelques mots avec des feutres vifs sur des petits carnets à spirales et rêvait, rêvait de transformer tout ça en de longues histoires.
Elle dessinait souvent sur d'autres carnets avec ses crayons de couleur ; elle adorait croquer la vie dans tous les sens du terme.
Un régal de petite fille chérie.
Elle grandissait, grandissait, grandissait ...

Tout allait très bien oui,
mais,
mais,
mais,
elle adorait les promenades en forêt et s'en allait souvent, seule, sans forcément prévenir son entourage de son départ.

Mais oui, c'est comme ça, vous allez avoir du mal à y croire, il lui arriva un jour une mésaventure extraordinaire.
Lola sortit un mercredi après-midi sans prévenir, comme d'habitude, pour aller se promener et à l'orée d'un bois voici ce qui se passa :

Elle tomba nez à nez avec un soldat endormi, genre "le dormeur du val" vous savez, parce qu'il faut bien dire une chose, mis à part celui là qu'on a tous en tête, on a quand même du mal à se les imaginer les soldats endormis dans les bois à notre époque et dans notre pays, peut-être encore plus de mal d'ailleurs que le loup dans nos forêts.

Oui, Lola avait fait un pas de trop sur le bord du chemin et un homme, étrangement vêtu - mi soldat, mi chevalier astral - était allongé sur les fougères sèches qui formaient ça et là des monticules, comme des tapisseries aux couleurs fanées jetées sur des fourmilières géantes.
Elle retint son souffle pour l'observer attentivement pendant de longues minutes.
Sa veste était kaki ; son pantalon fait d'une toile grisâtre était sale et tenait par de larges bretelles.
Ses chaussures en cuir noir étaient trouées.
A ses côtés, sur le sol, était posé un énorme sac kaki lui aussi, sur lequel était accroché un casque bombé.
Autour de son cou elle apercut une corde de chanvre ; elle semblait emmélée à sa longue barbe grise.
Elle sursauta.

Elle crut un moment que cet homme s'était pendu à la branche d'un arbre et qu'il était tombé ; elle chercha du regard le corbeau, le fromage, le renard pour appel à témoins mais personne ne vint déclamer quoi que ce soit et la corde qui pendait autour de son cou n'étant pas serrée, elle se dit que non, ce n'était pas un pendu.
D'ailleurs, il respirait encore.
Cela la rassura.
Elle n'avait pas du tout envie de croiser un pendu, ni un mort.
Elle avait entendu parler de choses et d'autres à leur sujet et voulait éviter la confrontation directe.
On ne sait jamais.

L'homme tout à coup sembla s'éveiller lentement et lui murmura péniblement avec sa bouche sèche :

- Regarde fillette, mes cheveux ont poussé, j'ai vieilli, je fatigue, je peine à marcher, à vivre, à respirer ; je peine à croire que la guerre est encore là et se poursuit et pourtant si tu savais...
Les armées de lézard jaunis qui se liquéfient parfois dans les camps en veulent toujours à mon casque sous lequel se dressent les ressorts du cerveau qui peuplent mes nuits et qui tôt ou tard ....

Il s'interrompit un moment, essoufflé puis repris comme s'il récitait une complainte :

- Regarde , mes cheveux ont poussé car je marche depuis des mois dans les régions boueuses, seul.
J'ai traversé des vallées, et des vallées et des vallées, à ta recherche, pour m'abreuver d'eau fraîche, pour parler, pour être aidé et enfin, enfin, te voilà.

Il s'arrêta à nouveau un long moment et Lola l'observa encore plus attentivement.
Ses ongles étaient sales.
Au coin de ses lèvres elle aperçut une trainée blanchâtre, pâteuse.
Elle était presque dégoûtée mais elle se rendit compte que les boutons de sa veste étaient multicolores ; c'était très étrange et très beau.
Cela contrastait avec le reste du personnage.
Et le vieux sauvage crasseux lui parut soudain captivant.

Cet homme ne semblait pas en être un en fait et c'est ça qui plaisait infinimment à Lola tout à coup.
C'était plutôt une créature, une chose, ni fantôme, ni démon, ni bête, légèrement répugnant et malgré tout attachant, une personne tout de même très étrange et qui parlait sans qu'elle comprenne excatement ce qu'il voulait dire.

- Mes cheveux ont poussé et les oiseaux se collent à eux avec leurs petites pattes griffues pour y nicher car le printemps est revenu ; des jets d'eau du torrent s'échappent des couleurs qui montent sur l'écorce des arbres abattus et grimpent comme des chenilles qui ne parviendront jamais à s'envoler avant d'atteindre la cîme.
Car tout est toujours trop loin.
Les arbres sont couchés, abattus aussi férocement que mes amis soldats l'ont été, hier, jadis, tout le temps ; ils ne se lèveront plus.
Tout le monde gît maintenant dans ce bourbier.
Nous sommes abattus et jetés dans cette boue acide qui ne brûle pas et qui pourtant pénétre et tue à la manière des jets d'eau ou de gaz des camps de la mort, de façon à ce que nous ressemblions tous rapidement à ces panthères noires enfermées qui rugissent sans fin dans des cages pour le plaisir gratuit de l'oeil et des oreilles de quelques passants sadiques.
S'il te plait , aide moi ...aide-moi ...


Lola était bien embarassée, vous le comprenez aisément, d'avoir fait une telle rencontre.
Elle ne comprenait pas du tout d'où pouvait bien sortir ce bonhomme et saisissait encore moins le sens de ses paroles.
Elle était intriguée.

La balade prenait une allure fantastique et même si elle détestait ces histoires où se mêlent le vrai, le faux, elle se sentait obligée d'agir en allant chercher des secours au plus vite, quitte à passer pour une petite folle auprès des villageois.

Elle ne comprenait pas très bien en réalité les deux notions propres à toute croyance : vrai et faux.
Elle écoutait souvent les souvenirs des anciens du village et ne savait jamais véritablement si ils inventaient leurs dires ou si les choses avaient pu être ainsi jadis.
Qui fallait - il croire en définitive ?
Et comment cela c'était - il véritablement passé ?

Croire.

Croire un instant que le soldat endormi va renaitre, que Rimbaud hallucinait, que c'était une farce, une pièce de théâtre en extérieur, un pari, c'est ça un pari, qu'on inventait dans les livres d'histoire les détails les plus cruels pour faire peur aux enfants, uniquement pour faire peur, que ça pouvait pas être vrai tout ça, toute cette souffrance, toute cette absurdité, toute cette folie.

Croire.

Un pari d'imbéciles qui voulaient lui faire peur ?
Elle hésitait, se questionnait tout en observant l'homme gisant à ses pieds.


Croire...

Le val était calme et puis là, dans les fougères, cet homme, perdu, agressif d'immobilité, de crasse, de paroles confuses, cet homme sans apparence humaine et pourtant pas bestial, inoffensif de faiblesse qui lui rapellait que oui, effectivement, on pressentait encore l'infâmie toute proche, que tout était hélàs possible, était vrai : la torture et l'abandon, les blessures et la misère, l'inespérance et tout le reste qu'on n'ose pas nommer de peur de le faire apparaître...

Croire .


Elle ne lui répondit pas et partit à toute allure en direction du village chercher des secours pour le sauver ... laissant tomber au sol son carnet à spirale.


Annick SB
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Par Annick SB - Publié dans : aupieddumur
Samedi 3 mars 2007
L'image “http://www.route-des-grands-crus-de-bourgogne.com/images/img_evt_85.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.


On est arrivé tous les deux dans une cour assez vaste.
J'ai senti que ça allait être le début du bonheur, comme ça, simplement.


Non pas parce que le chat noir miaulait pour suivre la vigneronne sous la voute...
Non pas parce que c'était la tombée de la nuit ; la nuit souvent, j'ai peur ...
Non pas parce que le gravier crissait sous nos pieds...
Cela me rapellait le jardin de mon enfance ...
Ou que les bouteilles nous attendaient.


Non, c'est pas pour ça que j'ai ressenti tant d'émois.

Ca n'a peut-être pas de rapport avec le vin d'ailleurs cette histoire, notre histoire, mes sensations, mes attentes et pourtant ...
Il faisait doux ce soir là , très doux pour la saison.


Aurais-je du voir dans l'invitation à la dégustation de grands crus un pied de nez à l'alcoolisme qui frappait ses proches ?
Aurais je du voir, la tradition régionale, le sens de la fête, la convivialité, le souhait d'être à l'écart du bruit de la ville ?

Il me semble que je ne cherchais rien à voir justement et que c'est ça qui était agréable .
Juste déguster quelques moments tranquilles.
Pour une fois, je vivais, je vivais enfin et c'était infiniment plus ennivrant que tous les parfums des alcools, que toute l'ivresse promise, que tout ce qui allait advenir...

Quelques instants, sans questionnement, sans doute, du bonheur ni gouleyant ni fruité, non pur, tout simplement .

Il faisait doux, on est arrivé dans la cour d'une cave bourguignonne ; le temps nous a permis une parenthèse douce et lumineuse.

Après on a dégusté quelques verres de vin bien sur, dans une ambiance gaie, bon enfant et c'était très agréable, très simple ...

Une chose est certaine : le bonheur avait commencé avant la dégustation.

Annick SB

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J'adore ...

  Pas de Pannick, tout va s'arranger ...

à vous ...

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