Je crois que ...

 
 ... la vérité de l'absurdité de notre présence ici-bas nous fait mal aux yeux et il est rassurant de fixer par moments quelques gribouillis sur n'importe quel support afin que les images sordides et réelles qui nous pètent à la figure constamment n'envahissent pas nos nuits.
Faites de beaux rêves...




Par Annick Brillant - Publié dans : aupieddumur
Lundi 2 janvier 2006

Bonne année à vous !

L'R du temps, l'air de Renouveau

Création réalisée pour Renouveau Association Villages Vacances, qui fêtait ses 45 ans avec le passage à l'an 2000.

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Par Annick Brillant - Publié dans : aupieddumur
Lundi 2 janvier 2006

 Je m'appelle Zoé, je suis servante.

Vous savez certainement que les fées peuvent faire des miracles.

Oui, bien sûr, vous savez !

Mais pas en toutes circonstances.

Ceci vous ne le saviez peut-être pas ... c'est la nuit de Noël qu'elles décident du ou de la miraculée à venir.

Oui, les fées aussi fêtent Noël depuis deux siècles je crois et d'une étrange manière que je vais vous conter.

Jadis, avant les Rois mages, elles se penchaient sur les berceaux et "hop", d'un coup de baguette magique... vous connaissez la suite .

Mais les Rois mages ont compliqué leur tâche et voilà comment cela se déroule désormais.

Chaque année, le 30 novembre, elles commencent par confectionner ensemble un calendrier de l'avent un peu spécial ; ce ne sont ni les 24 cases remplies de chocolats, ni le même nombre de fenêtres décorées à ouvrir, ni des bougies à allumer, non, rien de tout cela.

Vous devinez sans doute ?

Oui, c'est exact, ds listes, bien sûr, ce sont des listes.

Elles écrivent des listes de mots.

Chacune d'entre elles doit écrire cent mots sur un long parchemin de papier très fin, du papier hostie.

Cela leur prend vingt cinq jours avant Noël : quatre mots par journée, deux beaux et deux laids.

La difficulté est qu'elles n'ont pas le droit d'utiliser ceux de l'année dernière, ni ceux bien sûr d'une autre fée, ce serait trop facile autrement !

C'est inouï la mémoire d'une fée, inouï !

L'encre qu'elles utilisent sent bon car elles distillent des pétales de fleurs pour la fabriquer, mélangée à un peu d'ambre grise.

Une plume d'oie sert à consigner les mots, et peu importe l'ordre et peu importe l'orthographe.

Au final, seul le goût comptera.

Cent mots à écrire à l'encre parfumée sur un parchemin. Simple .

Et à la clé ... un miraclme.

Ensuite, quand les listes sont terminées, le matin du réveillon, elles préparent des mets aux saveurs exquises ; c'est là que j'interviens, moi, Zoé leur servante ; j'épluche, je lave, je rince, je fais bouillir, je récure, je frotte,...

Mais pour ce qui est de l'incontournable spécialité : la meringue fondante dentellée, je ne peux pas vous en dire davantage ; je ne connais pas la recette ; je sais seulement que l'ingrédient principal est le blanc d'oeuf monté en neige à la baguette, puis posé magiquement sur la fameuse liste de mots écrite pendant des jours et des jours.

Quelques minutes de cuisson suffisent.

Un délice.

Goûtez-en si vous avez l'occasion.

Mais, attention pas d'abus, surtout pas d'abus !

Une heure avant le repas, elles dressent une tablée féerique.

Je les aide bien entendu, modestement.

Et puis, quand tout est prêt, elles me laissent seule poure allumer le feu dans la grande cheminée et elles sortent ; pour attraper un docteur.

Au hasard.

Pas le hasard des statisticiens, non celui des fées, un hasard très spécial.

Elles le happent.

Ne me demandez pas comment elles font  ; elles n'ont jamais voulu me le raconter et encore moins me le montrer.

Dès qu'il arrive dans leur deumeure, elles lui offrent un délicieux repas en guise de bienvenue, un repas de réveillon d'une finesse incomparable et puis quand il a terminé le dessert, ce cher homme, elles l'écoutent ; c'est aussi simple que ça.

Mais attention, gare à celui qui dit n'importe quoi !

Le pouvoir des fées est sans limite, enfin, presque.

Elles parlent toutes les langues, elles comprennennt tous les mots, toutes les paroles ; elles sont perspicaces, même si le plus souvent elles se taisent et écoutent les autres, silencieusement.

Gare au docteur, il ne doit pas raconter des broutilles, non.

C'est un miracle qu'elles attendent, un miracle, ni plus ni moins.

Et comme ce sont des fées, et qu'elles ont des pouvoirs magiques et bien, dès que le miracle est relaté, hop, elles le réalisent ... vé ... ri ... ta ... ble ... ment ...

Ca non plus je ne sais pas comment elles font.

Je sais juste qu'un miracle n'est jamais divin mais féérique ; c'est aussi simple que ça, je crois !

Cette nuit-là, c'est le docteur Bonenfant qui avait été happé - au hasard -

Il n'avait rien compris à ce qui lui arrivait et puis il ne  savait pas trop quoi dire devant tant de fées, car des miracles, eh bien il n'en avait jamais vu de sa vie et puis il était intimidé par les femmes.

A la fin du repas, il ne quitta pas la table tout de suite, car il était très très enquiquiné ; il répétait :

- " Un miracle, un miracle ... mais si..., j'en ai un, et un bien étrange encore ; c'est une histoire fantastique.
J'ai vu un miracle ! Oui, mesdames, un miracle, la nuit de Noël !"

Il disait n'importe quoi pour faire passer le temps et peut-être aussi car il commençait à avoir peur, qui sait ?

- Aaaaaaaaaaaah ??? ont-elles murmuré d'une seule voix.

Elles le regardèrent très attentivement retenant leur souffle.

Pris de panique, .......................... il tendit précipitemment son assiette, comme un imbécile.

Une deuxième part ; il souhaitait une deuxième part.

Il osa demander une deuxième part de meringue fondante dentellée aux fées le soir du réveillon de Noël.

C'était inouï, incroyable, extraordinaire mais pas féerique du tout, ça je vous le dit !

Il ne restait plus que leurs regards et le silence qui envahissait la salle.

Le docteur ne comprenait pas pourquoi tant d'étonnement, d'agacement dans le regard des fées.

Il était mal à l'aise.

Elles le resservirent néanmoins, poliment.

De vraies fées. Et ceci se répéta toute la nuit.

Une fois, deux fois, trois fois ; et à chaque fois, il en redemmandait!

Et le repas ne se terminait pas ; et elles attendaient le miracle et il mangeait, mangeait, mangeait.

Je ne crois pas que c'était gourmandise de sa part ce besoin de se remplir de la sorte.

 

Cela dura toute la nuit, oui, toute la nuit.

 

Et au petit matin, chers amis, désolée de vous décevoir, ce sont elles , les fées, qui sont restées sur leur faim, sans un seul miracle, car le docteur Bonenfant avait mangé tant et tant de meringue fondante dentellée, qu'il ne pouvait plus parler.

Il était écoeuré, malade quoi !

 

Elles l'ont laissé sortir dans le parc ; je l'ai accompagné et en refermant la porte j'ai cru en entendre une qui disait aux autres :

Non, ça ne se passera pas comme ça !

 

Je n'ai pas bien compris pourquoi, mais c'est comme ça que ça s'est pasé .

 

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Par Annick Brillant - Publié dans : aupieddumur
Samedi 31 décembre 2005
Je casse et je ressasse tous mes sentiments
Je casse et je ressasse
Et ça me détend.
Dis tu te souviens, on papotait devant l'Annexe.
 
Je casse et je ressasse tous mes mots d'Amour
Mots d'un long parcours pourtant si proche encore .
On déconnait comme des gosses,
Pourtant si mûrs ...
 
Je casse et je ressasse tous mes souvenirs
Je casse et je ressasse
Pour les embellir.
Dis, tu te souviens ...
Tu te souviens,dis-moi,  on sautait sur les caillasses, on courait dans les lavandes, on déplaçait les pots de fleurs,on nageait, on faisait péter ton juke- box, on allait voir Nougaro dans les flammes, on criait, on riait, on emmerdait les mémés,  ...
 
Dis tu te souviens, on parlait, on parlait, on parlait...
Et même avant, il y a longtemps, on  dansait sur la place devant l'Auberge et ils voulaient tous nous marier .
 
C'est au même endroit qu'un jour d'été tu m'as dit :
- Tu sais, j'ai le sida .
 
Je casse et je ressasse tous mes souvenirs.
Je casse et je ressasse pour ne pas ternir.
 
Dis tu te souviens, on se  parlait, de sentiments, de souvenirs, de mots d'Amour ...
Tu te souviens, dis ...
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Par Annick Brillant - Publié dans : aupieddumur
Samedi 31 décembre 2005
Je me sens  allergique, mais ce n'est pas si sur ...
 
Je suis entrée dans un drôle de bazar en cherchant un remède  ; elle n'a pas parlé car elle était trop loin du comptoir, dans l'arrière boutique, je crois, c'est ça .
Elle a levé une pancarte qu'elle tenait à deux mains ;  il soufflait un vent violent prêt à tout faire faire péter .
 
ALLERGIQUE    AU    REVE
 
C'est ce qui était écrit .
 
Et c'est ce que j'ai lu .
 
J'ai pleuré et ri en même temps .
Puis j'ai pleuré longtemps ; ça soulage .
Et  je l'ai écoutée.
Je la remercie.
Le remède commence à agir, mais c'est bizarre, parfois j'ai mal quand je l'avale alors je ne peux en prendre que de toutes petites petites gorgées à la fois, pour ne pas agraver mon allergie .
 
- Céleste haine -
 
Qu'importe le flacon pour peu qu'on ait l'ivresse !
 
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Par Annick Brillant - Publié dans : aupieddumur
Vendredi 30 décembre 2005
- 1 - le sac
 
24 décembre - fin d'après-midi - fermeture du cabinet médical - un sac à main est posé sur le fauteuil en velours bleu devant le bureau -

" Merde ! " , dit-il .

Marie a perdu son sac à main.
Ce qui l'embête le plus c'est son agenda car Marie est une écervellée qui rate tous ses rendez-vous .
Les clés aussi mais bon, on ne parle plus de porte , promis !
Marie  n' a pas de portable  ; ça on a le droit d'en parler .
Marie n'a pas besoin de texoter toute la sainte journée !
Elle est tellement bavarde en vrai , qu'elle accepte l'idée de se taire en différé, enfin presque !
Elle déteste les abréviations  et aime les phrases redondantes .
Marie aime les répétitions , les listes, la taxinomie .
Marie est une obsessionnelle simple.
Elle hait par dessus tout les mots empruntés à la langue anglaise .
Elle a des raisons personnelles de les haïr depuis deux ans exactement .
Quand elle entend de l'anglais, elle a envie de dégueler, comme d'autres en décembre avant de déguster le foie gras et le reste .
Marie n'a pas de cache-coeur à la mode et pourtant elle adore la laine et les froufrous .
Marie n'a pas de cache-coeur, car elle n' a pas de coeur .
Ou plutôt elle en a un si énorme que si elle le cachait, eh bien on ne la verrait plus et elle a quand même un petit peu envie qu'on la voit .
Marie est une exibitionniste qui s'ignore.
Une " tiens, qui c'est celle là ? " qui sourit .
Marie est une douce emmerdeuse .
Marie remue sept fois sa langue dans sa bouche  avant de dire une connerie et elle la dit quand même après, de sa voix grave et profonde car elle adore dire des conneries ; ça la fait rire et Marie adore rire .
Marie ne supporte plus les intellos qu'ils soient de gauche ou de droite .
Elle les trouve sans intérêt , mous .
Marie est très critique .
Elle est très nostalgique aussi ,mais elle ne sait pas exactement de quoi .
Marie adore  recevoir des lettres.
Marie se délecte de  l'odeur du papier et de l'encre et elle vous demande , à vous, si vous  partagez encore l'émotion de l'enveloppe que l'on décachète, celle de l'épaisseur du papier, granuleux ou velouté, fin ou soyeux, c'est selon , elle vous demande donc quel effet cela vous fait d'avoir jeté vos buvards .
Marie rêve d'un facteur qu'on voit souvent à la télé car elle sait que sa tronche rend son mari jaloux .
Marie adore quand son mari est jaloux , comme ça , pour rien .
Marie est une rêveuse et toute l'année elle écrit au père Noël .
Marie s'est rendue une fois en Laponie quand elle avait 20 ans ,  en été et elle est tellement naïve Marie, qu'elle a trouvé bizarre que l'herbe soit la même là- bas qu'ici .
Marie a été décue par l'herbe de la Finlande .
Marie adore promener sa  chienne parce que ça lui permet de parler de tout et de rien avec n'importe qui .
Marie adore n'importe qui .
Surtout les mémés.
Marie est très bordélique .
Elle a perdu son agenda qui était dans le sac à main et elle est contrariée.

" Merde ! ", dit-elle .

Si vous croisez Marie, dites-lui que le docteur Bonenfant a  retrouvé son sac et qu'il l'attend pour le lui rendre.
Qu'elle se dépêche, il est pressé !


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- 2 -  la liste

Marie cherche sa liste - indispensable pour le réveillon de Noël -
Elle fouille ses poches en espérant ... elle ne trouve rien  , rien que des mouchoirs .

Merde ! Merde!
( plus le merde de l'autre jour, ça fait trois, un beau chiffre .  - fétiche ? )

Marie a trois objets fétiches dans son sac à main perdu :

- l'agenda ...
agrippeur de mémoire

- le tube de rouge à lèvre E.Lauder -
C'est pas grave ; il est presque terminé , songe t-elle .
Marie n'aime pas les marques sauf pour le rouge à lèvre ; un petit rien de luxe indispensable sur sa bouche  ; c'est bon comme un caramel qui fond  ; et puis ça met une barrière infranchissable entre leurs moustaches et elle ; parfois, les gars, ils se croient tout permis .Peut-être plus à son âge, mais elle a des mauvais souvenirs .

- le stylo-plume Waterman -
Bof j'en ai d'autres .
Et puis j'écris presque plus ; ah quoi bon, personne ne répond !
L'odeur de l'enveloppe que l'on décachète, bla, bla, bla ...on connait ...



Qu'est ce qu'il y avait encore ?
Bon sang !
Mais oui, ma liste, ma liste !
Oooohhhhhh !
Comment je vais faire sans cette liste ?
Oh zut !
J'en ai tellement besoin .

Il m'a demandé de la préparer ,  pour tout à l'heure ,  après la bûche .
On devait faire notre petit effet avec ça autour de la table .
Et on allait surement entendre : " un miracle ! "
Merde, merde, merde !
Il va être décu .
Marie déteste décevoir son Amour .
Elle est contrariée et chagrin.


La liste :
Une grande feuille de papier vert, couleur de l'espérance elle dit mémé ; un long trait tracé avec une règle et un stylo argenté , proprement ; rien à dire .
A gauche les féminins et à droite les masculins .
Pas de mixte , non, vraiment pas . Ca porte malheur . On le lui a dit.

A gauche les sept  prénoms les plus merveilleux de la Terre :
Nadège ; Ondine ; Juliette ; Cloé ; Edwige ; Mylène ; Amélie .

A droite les sept plus beaux prénoms de la Terre :
Grégoire ; Emilien  ; Arsène, Léonard ; Timothée ; Adrien, Niels  .

Ca y est elle s'en souvient ; mais pas de morceau de papier pour les griffonner à toute hâte .
Zut !

Le  docteur Bonenfant  a confirmé la  grossesse de Marie  et elle a perdu sa liste de prénoms !

Le docteur Bonnefant ?   Mais oui !!!  ooouuuiii ! J'y cours !

Joyeux réveillon !

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- 3 - l'agenda
 
Voilà ; minuit a sonné . La liste a été lue lentement depuis moins de trente seconde et quelqu'un à table a questionné, presque innocemment :

- Marie, tu le gardes ce petit ?

Crack .
Boum .
Pschitt .

Oh lala lalalalalalala !

Et si ce petit c'était une petite d'abord ?
On lit de gauche à droite sur une feuille non, au pays de Marie .
Une Petite !

Prend-on  le risque de faire partir une Petite ?
Et puis le risque il a déjà eu lieu , maintes fois .
En silence .

Marie est ailleurs .

Elle est seule .
Elle attend son tour .
La pièce est carrelée en blanc.
Une femme souriante mais pas trop entre dans la pièce . Peut-être une sage femme ?
Elle lui parle des raisons de faire ou ne pas faire partir son petit bout de vie qui ne trépigne pas .
Elle la questionne cette gentille personne .
Marie répond .
Elle n'a pas le choix .
Ce n'est pas un interrogatoire .
C'est un dialogue, un blablabla incontournable avec quelques incohérences, une confidence ...
  - légal -
Marie aime la loi .
L'immense  liberté de la loi, en zone libre .
Elle s'exécute .
Le rendez-vous est pris .
L'agenda le confirme .

Marie supporte très bien les composants chimiques des tubes de rouge à lèvres de marque et elle n'utilise jamais les lingettes pour laver les vitres .
Les composants chimiques d'autres produits manufacturés vendus en pharmacie sur ordonnance, elle les supporte moins bien .
Ce qu'elle est épidermique Marie !
Pas de chance !
C'est ainsi .

- Alors Marie, tu le gardes ce petit, répète Emma la bouche pleine .


Marie ne répond pas . A quoi bon !

Son Amour  s'en chargera ... cette fois !
 
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- 4 - le ventre
 
Le réveillon est terminé .
Marie  et son Amour enfilent leur manteau ; ils n'habitent pas loin ; ils rentreront à pied .
L'air est frais ; c'est vivifiant !
En marchant, ils repassent devant le cabinet médical du docteur Bonenfant.
Son Amour serre très fort la main de Marie ; elle apprécie cette délicate attention ; elle est heureuse ; ils vont rentrer dans leur petit nid douillet ; ils vont aller au lit, fatigués mais paisibles ; enfin, presque ; Marie n'a toujours pas compris ce qui s' était passé dans la tête d' Emma avec sa  question .Marie aime bien comprendre.

Sitôt rentrés, ils  filent au lit ; il est très tard ; ils ont sommeil .
Marie  prend néanmoins  son agenda, qu'elle feuillette comme tous les soirs avant de s'endormir ( n'oublions pas qu'elle est obsessionnelle simple ) et elle  vérifie la date du petit resto prévu avec Emma sa cousine.

- 28 décembre - 20 heures -

Trois jours - elle ne va pas ruminer ça pendant trois jours ! songe-t-elle.

- Dis, mon Amour, pourquoi Emma a posé cette question à la fin du repas ? 

Son Amour ne répond pas . Il dort déjà .
Zut !
Marie est contrariée .
Marie est chagrin .
Elle sait que le sommeil ne viendra pas tout de suite ; elle attrape donc un livre sur la table de nuit, un recueil de citations .

Elle ouvre  " Il faut que nous naissions tous coupable, sinon dieu serait injuste " .Pascal.

Alors qu'elle relit la phrase car elle n'en a pas très bien saisi le sens ,  un miracle se produit , un que l'on peut dire car il est délicat, enfoui et joli, et mignon, et tout rond comme une bulle de champagne et doux et tout et tout , un miracle de la Vie .

Marie pose son livre  ; elle éteint, ferme les yeux et savoure enfin  ... la douce ondulation qui lui chatouille l'intérieur du ventre.

( Marie rallume brusquement , ouvre son sac à main , attrape la liste de prénoms  , la roule en boule et la jette à terre.)

Pascal ou Pascale !

Rien d'autre décide-t-elle en éteignant.







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Par Annick Brillant - Publié dans : aupieddumur
Jeudi 29 décembre 2005

 1 - le miracle -


Ce fait-divers s'est passé il y a une vingtaine d'années environ, un tout petit peu moins très  précisément , mais pourquoi de la précision  ?
On en a pas besoin  ; c'est trop tard .
On est au 21 ème siècle , non !

Qu'importe après tout que cela se soit passé le 14 avril 1986 ou le 25 décembre de cette même année ?
Cela aurait-il changé quelque chose ?
Le courant traverse les vêtements de la même manière, qu'ils soient chauds  ou non , d'hiver ou d'été ?

Quelqu'un à l'atelier peut-il  me dire la composition des chaussures de sécurité sur les chantiers EDF ?
Et qu'est ce que j'en ferai de cette composition si vous aviez l'obligeance de me la communiquer ?
Pas grand chose !
Rien très exactement !
L'absence de divin dans cette terrible histoire ne nous manque pas .
Et pourtant la miracle a eu lieu.
C'est le temps du miracle qui lui était trop court .
Le manque est dans la durée.


Le matin, j'ai reçu un appel téléphonique dont je n'ai retenu que les dernières paroles :
" Tu vas devoir être courageuse ".
C'était son père à l'appareil.

Tous ceux qui me connaissent savent que je n'ai AUCUN courage .
Aucun !
Je suis une peureuse, une froussarde, une pétocharde , une trouillarde ... et si un sujet traitait des peurs sur l'atelier  , vous seriez obligés de vous désinscrire pour ne pas voir votre boîte mail exploser tellement j'en aurai des choses à écrire, tous les jours, toutes les heures.
J'ai toujours eu peur .

Alors me faire injonction d'en avoir - du courage - c'était déjà prévoir le pire .

Du courage en ai-je eu lorsque j'ai décroché le téléphone pour joindre l'Hôtel dieu de Marseille  - service des grands brûlés ?
Je ne sais pas exactement .
Ce n'était ni courage ni appréhension, je crois.

Le miracle se situe là .


Et le docteur Bonenfant, chef de service  dans cette unité spéciale a longtemps témoigné devant ses infirmières :

 - Le miracle, c'est qu'après que le courant - 60 000 volts - l'ai traversé de la tête aux pieds le projetant sur le sol avec un violence extraordinaire, il était encore en vie -

C'est ce qu'il m'a dit ce cher docteur au téléphone :
" Un miracle, madame,  il est brûlé à 90°/° ; seuls les pieds sont intacts ; et il est encore en vie."

J'ai balbutié :
" Vous allez le sauver ? "


Le docteur Bonenfant, la gorge serrée  m'a fait comprendre que le miracle était très court .
Le miracle ce n'est pas de la magie.
Le miracle ce n'est pas du merveilleux .
Le miracle se heurte aux limites de la Science.
Ce n'est pas beau un miracle, pas forcément.

Le miracle de la Vie ...

Et ...


Et il était encore en vie , car il attendait la nuit pour partir ...
Et il attendait la nuit pour partir, parce que la nuit, c'est calme ...
Et la nuit c'est calme, car les étoiles veillent sur les survivants .
Elles brillent .
Et elles brillent pour qu'on y croit .


Dans la nuit qui suivit cette atroce  matinée , sa mère et moi nous nous sommes réveillées à la même heure, envahies par une même chaleur ; terrifiées par le même sentiment de la Perte .
Nous l'avons senti partir, nous quitter .
Chacun choisirait-il son heure ?
Cette nuit là, et peu importe si ce n'était pas Noël, nous sommes devenues elle et moi , pour de longues années encore, victimes et complices de l'extraordinaire , de la magie de la mort ; nous avons eu la preuve que l'Amour est plus fort que la Mort .
Nous sommes devenues des fées d'hiver .

On ne croyait pas aux miracles avant ; maintenant non plus .
On a vu son  désir frôler sa  Mort et la détourner de quelques heures.
Il n'aurait jamais pu partir sans nous saluer elle et moi.
On a vu notre douleur s'acheminer vers l'espoir .
On n'aurait jamais pu le quitter sans le saluer , lui.
On a levé nos yeux vers le ciel , enfin vers le plafond de nos deux chambres.
Elle était à Dieulefit , moi à Marseille.
On a crié .
C'était fou, intense, atroce, long.
On a voulu croire.
On a voulu un miracle .
Il a eu lieu .
Il a duré moins de 24 heures,  mais la précision du temps n'a  aucune importance , je vous l'ai déjà dit .


PS : Les fées d'hiver sont des personnages féminins très fragiles, héroïnes du quotidien banal et parfois sordide de la société du 20 ème siècle .


 2 -  la cruauté -


La fée d'hiver  a 25 ans .
Elle est en manque .
Elle n'est ni alcoolique , ni toxicomane.
Elle vient de perdre son Amour de mort violente .
C'est cruel.
Elle est abattue .
Elle survit .
Elle vit.
Elle ne sait pas faire autrement car elle aime la Vie .
Elle est belle.

Après qu'elle  soit devenue bien malgré elle une fée d'hiver , elle a  plongé , elle  ne sait pas dans quoi exactement , pas dans la mer ça c'est sur !
Ni dans la merde non plus d'ailleurs, car elle n'était pas seule ; on l'a aidé.
Merci à tous ceux qui étaient là .
Merci à Sophie .

Elle a  plongé car la Vie avait décidé qu'elle ne la  mène plus, tout en la continuant.

Vous suivez ?
C'est la corbeille ou vous vous accrochez ?
Ce soir, elle a trois verres de Beaujolpif dans le nez  alors ça va déménager elle en est  sûre !

Enfin, c'était incroyable d'être robotisée et mise à l'écart tout en étant devenue un centre d'intérêt pour beaucoup .
Ca ne s'observe pas à la loupe une nana qui a perdu son Amour de mort violente, non, on n'oserait pas !
On cache la loupe  mais elle  la sent quand même, souvent, toujours .

Par exemple,en mai, elle est allée en boîte de nuit antillaise sur le Vieux port avec des amis et elle a dansé la biguine, et une copine, pas vraiment une amie, non, a prononcé ces mots malheureux de " veuve joyeuse" .
Car elle l'avait vu rire aux éclats en dansant.
Un mois après ; dans une boîte antillaise ;  en mai 1986.

Qui se souvient d'un seul jour de sa vie où elle  n'a pas ri ?
Personne .
Elle a peur et elle rit .
Imbécile heureuse ?
Non, pas vraiment .
Culpabilisée ?
Même pas .
Ecoeurée, ça oui .

Vous qui avez surement une belle culture littéraire, vous vous souvenez de l'interrogatoire de gendarmerie dans " Plume d'ange" de Nougaro ?
Si oui, continuez.
Si non , allez sur Google, tapez, "Plume d'ange - Nougaro "  et laissez-vous emporter par le texte .C'est son texte préféré.


Et bien oui, à l'interrogatoire, la fée d'hiver, elle  y était  .
A Gardanne précisemment ; l'adresse du chantier.
Incroyable , hein ?
Pas en mai, non, directement en avril, à chaud quoi ?


Complètement abasourdie qu'on puisse en être arrivé là !!!

On ne la soupçonnait pas de pédophilie, elle, non, ça non,  bien entendu .
Mais tout simplement d'être peut-être à l'origine d'un suicide .
Et oui, les assurances et tout et tout ... elle n'ont que ça à foutre de mener une enquête sur un jeune couple plein de vie, de gaité et d'amour qui part en fumée .
Un accident du travail ça se démontre dans une gendarmerie, pas sur le chantier !


Et elle a du  témoigner sur Procès Verbal ce qu'était leur Vie.
Elle a du  raconter son intimité à des gendarmes .
Elle ne fera plus l'Amour avec son Amour et elle doit leur  dire qu'ils  faisaient l'Amour.
Et ils disent ces cons : " Souvent, toujours, comment, pourquoi ? "

Elle ne mangera plus en tête à tête avec son Amour et il faut qu'elle raconte qu'elle mangeait le soir, le midi, parfois, tous les jours ; elle habitait à 10 mètres du " royaume de la Chantilly" sur le Vieux port à Marseille, et ils  en mangeaient souvent le dimanche , et ils jouaient avec même, et ils déconnaient et ils se marraient ; la Vie quoi !

Elle  ne se lavera plus avec lui dans la salle de bain , mais il faut qu' elle dise qu'ils  jouaient comme des amoureux, comme des gamins  sous la douche.

Il fallait qu'elle  raconte son projet de voir Mathilde naître .
Mathilde n'est jamais née .
Elle n'a pas eu le temps.
Les spermatozoïdes se sont arrêtés en chemin ; il ont été brûlés eux aussi .

Et elle le dit aux gendarmes tout ça, car en parlant elle a  l'impression que son Amour est là, derrière leur putain de porte et qu'il va l'emmener en lui disant : " n'aie pas peur, c'est fini ; c'était un cauchemar " . Il  est là ; elle le veut ; elle l'espère et elle raconte, elle raconte, elle raconte...
Elle est  pitoyable de naïveté.
Et elle a  peur, et c'est jamais fini, et c'est pas un cauchemar...


Elle s'en souvient comme si c'était hier .

IL LUI ONT FAIT SUBIR UN INTERROGATOIRE ALORS QU'ELLE  VENAIT DE LE PERDRE .

Elle  leur en veut toujours . A mort .

Elle n'en est  pas tout à fait remise .
Magré la Vie qui a pris le dessus, malgré les autres compagnons , malgré son mari , ses enfants, ses amis, malgré la Vie qui continue.

Dites docteur Bonenfant, avez - vous un petit miracle à lui proposer ?

S'il vous plait ?
S'il vous plait ?
S'il vous plait ?

Elle est cruellement en manque de miracle .


3 - la réalité -


Je me souviens ... elle fredonnait :

 " Ecoutez cette histoire que je vais vous conter , ...elle se passe en Provence au milieu des moutons, dans le sud de la France au pays des santons ..."

Constat :

Le ravi, froissé,  a glissé de sa terre en papier...
Les veillées ont hélas disparues depuis longtemps...
La fée d'hiver est  seule . Elle attend la révélation de sa réalité .



Son Amour n'est plus ; vous le savez .
Finis leurs  projets, envolés leurs rêves .
Trop meurtrie pour continuer " les études"... de sociologie  .
(Le sujet était sympathique pourtant : " Analyse du changement social à travers un exemple de littérature - Alice aux pays des merveilles - ")

Il faut trouver une autre idée, une autre réalité .

Passage obligé par l'Anpe :


Tests .


Des manivelles et des poulies que l'on tourne dans tous les sens ; du bidon, du bidon .
Elle  joue le jeu ; elle se prend au sérieux, elle répond,  coche, entoure, écrit ...et attend les résultats .

Surprise lorsqu'elle les lit .

Photographe !

Voilà ce que l'on lui suggère ! ( entre autre, mais en premier ! )
- sens aigu de l'observation , souci du détail , précision , émotion, sensibilité : tout y est !
 Même la déprime ils l'ont vu .

Vous croyez que France-dimanche voudra d'elle ? SOURIRES !!!

Il y a toujours une photo que l'on a oublié de prendre, un cliché qui n'a pas trouvé les mots.

Cette réalité proposée ne sera pas la sienne ; la fée d'hiver est allergique au révélateur .

 

Annick SB

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Par Annick Brillant - Publié dans : aupieddumur
Jeudi 29 décembre 2005

 

Je cherche ce qui me gène le plus dans le blog.

C'est le mot -BLOG - justement qui ne veut rien dire pour moi.

Rien.

Je cherche ...

Bavasse Lisse Occidentale Généralisée ?

Big Litanie Overdosée Gluante ?

Bégaiement Long Oppressant Glacé ?

Bourde Lumineuse Orientée Géniale ?

Je ne sais pas très bien .

Je ne cherche plus ; il faut vivre avec son temps ! 

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Par Annick Brillant - Publié dans : aupieddumur
Jeudi 29 décembre 2005
Au pied du mur, j'ai tracé un cercle sur la terre ocre.
J'y ai mis mes pieds.
Une femme mûre est une femme qui a eu des blessures et qui sait les penser...
- Les panser sans doute ?
- Non, les penser .
Quand on panse une blessure c'est un court moment de torture.
Quand on pense une blessure, on voit le haut du mur.
 
Au pied du mur.
Le reste reste à faire.
 
Ce qui est révélé.
Notre rêve ailé ?
Notre rêve laid ?
 
Pas une mince affaire.
 
Les buvards sont bavards pour nous faire taire.
Qu'absorbent-ils vraiment ?
Le parchemin est vide d'encre - rempli des larmes et des songes qui traversent mes nuits, mes peurs, mes erreurs, depuis toujours, depuis tant et tant de temps.
Par quel chemin , par quel chemin ?
 
Quel est le chemin du buvard, de l'éponge ?
Assez !
Je plonge.
Je saute du mur et mes songes m'enveloppent de pensées,
de brumes,
de nuages,
d'encre .
Le ciel est gris, le ciel est noir.
Ce soir, t'es-tu tu ?
Qui es-tu ?
Où es-tu ?
Au pied du mur.
 
Tout est toujours à recommencer ...
 
Au pied du mur j'ai tracé un cercle sur la terre ocre ...
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J'adore ...

  Pas de Pannick, tout va s'arranger ...

à vous ...

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