Je crois que ...

 
 ... la vérité de l'absurdité de notre présence ici-bas nous fait mal aux yeux et il est rassurant de fixer par moments quelques gribouillis sur n'importe quel support afin que les images sordides et réelles qui nous pètent à la figure constamment n'envahissent pas nos nuits.
Faites de beaux rêves...




Par Annick Brillant - Publié dans : correspondance
Mardi 4 juillet 2006

                                            

http://www.gnis.fr/images/lettre/Ecrire.jpg
                                    http://tbn0.google.com/images?q=tbn:vRV2mxL1OTrjQM:http://pros.orange.fr/gesflux/IMAGES/ecrire.GIF


Je vous écris ce petit mot ; je n’ai rien à vous dire .

Rien de spécial .
Mais j’ai reçu lundi dernier votre lettre et ... ça m’a donné du courage .
En ce moment les mots ne coulent pas bien sur les feuilles .
La peine est longue, très longue .
En ce moment, je ne sais plus bien manier le stylo .

Je sais .

Je vous écrit ce petit mot en fait, parce que j’ai besoin de savoir que vous allez décacheter l’enveloppe, mon enveloppe et quelques secondes durant être dans l’attente de ce que je pourrais bien avoir à vous dire, ce jour, moi l’inconnu auquel vous avez gentimment envoyé une lettre la semaine dernière .

J’ai besoin que vous pensiez à moi quelques secondes, de temps en temps .

C’est mon espace vers la liberté, ma fuite, mon évasion qui est tout chamboulé par cette idée .

J’ai besoin d’imaginer que là-bas, ailleurs, hors de ma cellule, quelqu’un d’inconnu m’attend , un tout petit peu, de temps en temps .

Je pense à vous .

Christophe

PS : Puis-je vous tutoyer ?

 

Annick SB



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Par Annick Brillant - Publié dans : mystères
Mercredi 21 juin 2006
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Fleuriste du cours lafayette à Toulon 
- Jean-Louis BOUZOU -


Tu es sorti du cinéma, seul ; elle t'a posé un lapin .
C'est une expression que tu détestes , mais tu l'entends, sous forme de questions tous les lundis matins dans la bouche des collègues de boulot .
Ils te rabachent ça, en insistant, depuis que tu leur as dit qu'elle était partie, comme ça , subitement .
Et tu les entends à la pause café , devant la machine :
- Alors ? elle t'a encore posé un lapin, samedi  soir ?
Et ils rient, ils rient , les idiots, les méchants .
 
Non, en fait, tu ne peux pas dire qu'ils sont méchants ; ils ne comprennent rien à l'amour, à la peine, c'est différent de la méchanceté ça .
 
Un lapin ? oui, ç'est peut-être ça ...
Tu as l'habitude car en fait , depuis quelques mois, elle n'est jamais venue à tes rendez-vous, jamais .
 
A chaque fois c'est le même cérémonial .
Tu l'appelles , elle ne répond pas ; tu envoies  donc un texto , tu lui fixes un rendez-vous et tu l'attends .
Tu vas au cinéma, au théâtre, au parc, voir des expos , seul ...
Tu poursuis en l'attendant , toujours .
 
 
Cet après-midi, en sortant du cinoch, tu t'es rendu au café , celui où tu l'as rencontré il y a dix-mois;  c'était une soirée formidable  ; tu te souviens ...
Tu t'es assis à la même table et tu as commandé la même chose ; tu étais content car tu as reconnu le serveur du premier soir et  tu as même pensé que ça allait te porter chance et qu'elle allait arriver .
Tu as attendu encore en sirotant ton demi, les yeux dans le vide .
Son demi à elle n'a pas bougé  ; la mousse a diminué très légèrement mais personne n'est venu tremper ses lèvres sur le bord du verre non ;  elle ne t' a pas rejoint, toujours pas .
Tu as fini ton demi et puis tu es sorti du café en laissant quelques euros sur le zinc.
 
Aujourd'hui tu es las de cette  attente, de ces rendez vous manqués , tu le sens .
Il faut que tu réagisses .
 
Alors tu passes devant les marchands de fleurs sur les quais, tu t'arrêtes,  tu demandes un pot de chrysanthèmes et tu vas le déposer sur sa tombe pour en finir avec l'espoir  ; tu t'agenouilles et tu pleures, chaudement .Tu vides de ton corps d'une partie de ton chagrin .
 
Sur d'autres tombes tu perçois des petites flammes  ; ce sont des bougies posées ça et là .
Tu te demandes comment elles font pour ne pas s'éteindre avec le fond de l'air frais de début novembre .
Tu fixes une bougie jusqu'à ce que la flamme disparaisse et ça te plait de t'abimer les yeux dans la lumière vacillante .
 
 
Tu regardes encore les lueurs , les fleurs,  les bougies qui se consument lentement ,  et tu attends un long moment en silence .
La nuit tombe .Tu as froid alors tu décides de rentrer pour aller  te coucher .
 
Tu mets la clé dans la serrure .
Tu entres chez toi .
Tu n'es ni triste ni gai .
Tu es indifférent au monde .
 
A minuit, tu te couches et c'est un autre jour qui commence ... dans le noir .
 
Le matin, au travail, tu vas devoir encore entendre les collègues te poser les mêmes questions avec les mêmes ricanements mais cette fois -ci tu y mettras fin et tu leur répondras :
 
- Elle n'est pas venue  mais c'est moi qui suis allé à sa rencontre , je l'ai retrouvée et je lui ai offert des fleurs, pour la quitter une bonne fois pour toutes .
 
Et ils penseront de toi, que tu es bizarre mais élégant .
 
Tu t'endors , seul ... en te disant que c'est beau l'élégance et tu fais de beaux rêves ...
 
Annick SB
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Par Annick Brillant - Publié dans : aupieddumur
Jeudi 25 mai 2006
http://acaciaa.club.fr/agnes-courrault/01-06-image.htm


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         Le rêveur - toile d'Agnès Courrault -

Tu voulais décrocher la lune pour moi, rien que pour moi et je t'ai laissé te brûler les mains .
Te brûler les mains et le reste .
Il ne reste plus rien , plus un seul petit quartier de toi, nulle part...
Quoi,  quelque part dans le ciel ? dites vous .
Maintenant , appuyée contre la forteresse de ces murs désertés , je regarde les étoiles qui passent et repassent à travers les nuages surtout la nuit quand on n'y voit plus rien . C'est à ce moment là qu'elles me tiennent le plus chaud .
Elles me guident et me protègent  mon Amour , mon Amour qui voulait décrocher la lune pour moi, rien que pour moi ...
 
 
On vivait  au bord de la mer .
Les vagues nous bercaient sans cesse .
On était  heureux tous les deux et puis au clair de lune on rêvait, amoureux sur les rochers .
 
Le clair de lune est assombri .
    La mer, je ne l'entends plus .
        Elle aussi a le vague à l'âme .
Alors j'écoute les étoiles et je perçois ta voix  à travers les nuages, la nuit .
Je te vois, en rêvant de la lune, tu sais , la lune que tu décrocheras pour moi, un jour, mon Amour .
 
Annick SB
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Par Annick Brillant - Publié dans : Femmes
Lundi 15 mai 2006
www.co-naitre.net/galeri01.htm.

Quand on me les a posé sur le ventre, entre les seins très exactement ; j'ai vu leurs toutes petites narines se dilater et un apaisement soudain gagner les plis de leurs visages . Ils ont arrêté de crier .
J'ai perçu  l'odeur du bonheur qui traversait tout leur corps .
L'odeur du bonheur c'est l'apaisement, ni plus ni moins .
L'excitation, le manque, la peur et la rage  font place à la sérénité, par inspirations lentes  en quelques secondes précieuses .
J'ai adoré être témoin de la vie qui s'installe paisiblement et cela dès ses premiers instants avec le nez .
C'est incroyable de penser que ce sont les premières senteurs qui peut-être déterminent en partie pour tout le restant de l'existence, notre patience ou notre impatience, notre caractère insatiable ou non, nos peurs, nos cris, nos colères, nos doutes, nos calmes aussi, nos désirs ... nos rêves .
 
Et ça m'a fait sourire que l'odeur du bonheur ça soit un peu moi, à ce moment là . Ca m'a beaucoup plu !
Je me suis sentie quelqu'un de très très important et quand on a des doutes, vous comprendrez aisément à quel point l'odeur, le parfum de soi est fondamental  ; comme de l'estime retrouvée en quelque sorte . Comme une nécessité de poursuivre un peu .
A chaque fois, bien sur, je me suis sentie fatiguée, épuisée même, en nage ; mes cheveux collaient à mon crâne ; mon corps me semblait moite, je tremblais, j'avais un peu froid ; rien de très extraordinaire, sauf l'odeur justement surprenante et inhabituelle ... et pourtant !
L'effort était passé mais les traces olfactives qu'il avait représenté me semblaient un tantinet génantes pour les autres .
Et puis non, bien au contraire .
J'ai bien vu que l'odeur du bonheur se nichait sur mes seins à chaque fois .
Ca m'a fait rire, rire , rire de joie  .
La senteur merveilleuse qui comblerait longtemps leurs peines et tourments  ; je pensais être devenue ça,  comme un enchantement . Mon corps, tiraillé, vidé, douloureux, étrange s'effaçait dans ma tête pour laisser place au fondamental : mon odeur .
J'ai perçu mes bébés comme des  douces bêtes et ma poitrine comme un refuge sans fin, comme une caverne, comme un lit douillet et chaud et  tendre, comme un mouchoir charnu et doux .
Agressés par le latex des gants qui les avaient aidé à s'extirper de moi, agressés par l'odeur des champs de coton  qui avaient ôté les quelques traces de sang de leurs crânes, agressés par les émanations sordides des désinfectants nombreux et obligatoires de la salle, agressés par tant de  senteurs artificielles, et par le  bruit et la  lumière, il se sont calmés soudain, nichés entre mes seins en me reniflant .
 
Ca m'a plu , ça m'a plu d'être devenue une odeur, une simple odeur de bonheur inqualifiable .
Je crois, que mes propres narines se sont effacées pour ne pas sentir le mélange des produits pharmaceutiques qui imprégnaient  tous les coins de la pièce .
Ce que nous , adultes, nous percevions alors, était sans importance finalement .
Le seule chose qui comptait, à ce moment là, la seule chose qui importait plus précisemment pour moi c'était d'être perçue comme une odeur salvatrice, sublime, aimée, unique .
Etre mère, c'était  être sentie, ni plus ni moins , humée, reniflée jusque dans les rêves , tout simplement .
C'est cette évaporation d'amour, après le long travail de la naissance qui ne peut pas trahir l'enfant . Il l'aime et elle aime le sentir .
N'importe quelle femme est à ce moment là, absorbée par la complicité naturelle entre son  parfum et le nez de son nouveau-né; l'un cherchant l'autre jusqu'à l'abandon .
On en perd tous nos sens .
tant eux que nous  . ça chavire .
On ne se sent pas bien ? On se cherche, on respire ensemble et nos peaux nous rassurent autant que nos seins le font à travers  leurs narines ; le cycle de l'amour c'est notre odeur commune, mêlée à notre joie, nos attentes et nos pleurs . Ca nous ennivre .
Et eux, les  nouveaux-nés, nous réconcilient immédiatement avec notre animalité; ils nous permettent soudainement, rien qu'à travers le frétillemment des leurs petites narines, de comprendre que oui, rien n'est meilleur que notre propre odeur .
 
 
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Par Annick Brillant - Publié dans : aupieddumur
Lundi 8 mai 2006
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Photographie de Cyril PICCHIOTTINO

LIEN :    http://cpicchio.free.fr/paris_nb/paris_nb1.htm

Quand je pense à la ville , je pense à toi .
Et puis, je sais bien qu'il faut que je vois autre chose que ton image dans ma petite tête !
Ton image m'enferme dans un rêve immobile, dans du papier blanc à noircir un jour ou l'autre avec mon petit crayon .
Alors, je t'efface un petit peu de ma cervelle et  je me souviens des murs ; la ville pour moi ce sont d'abord des murs ; et on ne sait jamais vraiment ce qu'il y a derrière .
Ils protègent ou ils cachent ?
Cela dépend des saisons .
Ils enferment aussi et c'est un mot que j'adore, enfin, manière de parler, comme toujours  !
 
On peut en revanche immédiatement lire ce qu'il y a devant les murs, graffitis et affiches, du papier, pas blanc cette fois .
 
Les murs, je les regarde comme s'ils n'avaient pas d'épaisseur, comme s'ils étaient uniquement plats .
J'aime imaginer que je les attrape par le bas, par la jointure entre le trottoir et la façade et que je les enroule, pour voir ce qu'il y a derrière ou dedans bien évidemment car je suis curieuse ; ça m'abime les ongles de les rouler ainsi .
Quand je pense à la ville je me dis qu'il y en a trop de murs finalement  et que je n'aurais pas assez de mes deux mains pour les dérouler correctement .
Quand je pense à la ville, je revois tous les clichés que j'ai pris .
Ce n'était  pas eux, pas les murs que je voulais photographier quand je me suis acheté mon premier Nikon , mais toutes les personnes  qu'ils enfemaient .
Les murs  ils étaient encore plus sombres que les gens et moi, j'adorais les couleurs .
Je les adore toujours les couleurs et elles me manquent en ville ; surtout le bleu .
 
J'avais envie de faire de la photo .
Mais comme je n'osais pas faire des clichés humains, je me contentais des parois lisses, grises, sales et silencieuses en attendant ...
 
Les murs, ça ne parle pas à voix haute et ça ne s'adresse à personne en particulier  ; l'absence de dialogues me convenait  tout à fait alors .
Le silence d'éventuelles inscriptions ne m'agressait pas les oreilles .
Je me levais tôt pour prendre le premier métro et je guettais  les femmes et les hommes partant au travail .
Je me postais à la sortie de quelques stations animées, dans des quartiers stratégiques .
Et puis, je n'osai pas les photographier tous ces gens .
Je me trouvais indécente de chercher à immobiliser des inconnus sur du papier glacé dans le seul souci de montrer leur visages , leur fatigue, leur grisaille ; dans le seul souci de les immortaliser tels quels ; des citadins allant au boulot , calmement .
Je n'avais aucun point commun avec eux,  j'habitais ailleurs ; je vivais autre chose, sans paroi verticale ; je vivais l'horizon mais j'étais fascinée , fascinée par leur vie que j'imaginais, si tôt le matin, à la sortie des bouches de métro .
Je me demandais comment on pouvait tous les jours ou presque s'engouffrer dans le labyrinthe sous-terrain .
Ca me stressait un peu de penser qu'un jour peut-être je ferai comme eux .
Je me maudissais de ne pas avoir de télé objectif pour capter leurs regards .
Je pensais en acheter un , plus tard .
Alors je tournais légèrement ma tête et le boitier puis  je cadrais les murs .
Clic clac, des murs, des murs, j'en ai photographié beaucoup .
 
 
Ils sont grands, immenses ces murs, mais souvent défraîchis .
Les couleurs sont passées et ne racontent rien .
Pourquoi on ne les repeint pas avec du bariolé, de la gaité, du vert pomme, du rouge vif, du jaune d'or   ?
Pas assez de contrastes dans cette ville , pas sur les façades en tous cas .
Pas comme il le faudrait , voilà .
Les couleurs des murs de la ville font tout pour qu'on les oublie .
Elles sont bêtes les couleurs de la ville .
On ne doit pas chercher à être oublié !
 
 
Quand je pense à la ville je pense à toi .
Je ne t'oublie pas .
La probabilité d'une rencontre impromptue dans les rues est nulle .
Alors je ne te cherche pas .
Je pense et c'est déjà ça .
C'est une bonne chose tout compte fait de rester immobile, ailleurs, en retrait .
 
Je me souviens que tu as disparu parmi une masse d'inconnus dans une rue dont le nom m'échappe ...
Ca m'a fait rire, pas que tu disparaisses, bien entendu , mais le mot masse ; ça m'a rapellé les foules grouillantes de la ville, justement .
Ca m'a replongé des années en arrière quand je ne pensais pas à toi mais à quelqu'un autre .
Un jour, je l'avais croisé par hasard dans la masse et j'avais trouvé ça incroyable de retrouver quelqu'un de la sorte .
 
J'ai eu envie de crier ton prénom , pour que tu sois singulier parmi tous ces passants, singulier parmi tous ces souvenirs aussi .
Mais je me suis retenue .
Malgré ma voix qui porte .
Ca aurait été con, une fois de plus ; chercher une dernière parole, un dernier regard ...
 
Et pourquoi ?
Et pourquoi dernier d'ailleurs ?
On n'est pas en rupture .
On n'est en rien du tout .
Est-ce ça qui me fait rire ?
Probablement .
 
Quand je pense à la ville je me sais  aussi capable  d'interpeller n'importe qui, comme ça , pour le plaisir de la conversation et je reste muette souvent pourtant sur les trottoirs, car les passants n'ont l'habitude que des interpellations intéressées ou musclées ; ça dépend de l'heure,  du quartier, des circonstances politiques, de la vie, de l'époque et de tout ce qu'on ne maîtrise pas ...
Quand je pense à la ville, je sais qu'on ne maîtrise pas sa survie, justement ; c'est affolant d'être si entourée et si vulnérable .
C'est toujours un peu ça que je ressens au fond de moi dans la ville .
 
 
Quand je pense à la ville , je pense à toi , au quartier où tu habites et que je connais peu .
Mon frère y a habité aussi, mais il m'emmenait en balade ailleurs .
Quand je pense à la ville , je pense à lui souvent, perdu et sans murs fixes et ça me provoque un petit pincement au coeur .
Dans cette ville il y a, comme partout, les coins connus, incontournables et les autres, ceux où les gens vivent banalement ou aimeraient tout simplement pouvoir vivre .
Des rues qui se croisent, qui se croisent, un défilé de chaussées et de trottoirs ... une avanlanche de vrombissements, de pollution, de bruits, d'odeurs , de vitresse, de solitude ... et les fameux murs pour encadrer tout ça .
 
Quand je pense à la ville je pense au désert, par contraste ; à la masse des grains de sable .
Je n'ai jamais vu un trottoir vide dans ta ville enfin, dans cette ville qui n'est à personne et à tous et c'est ça qui est bien ; c'est bien ce qu'on s'est dit en en parlant, tu te souviens ?
On se l'est appropriée, comme le font des millions d'autres .
 
Quand je pense à cette ville, je me dis que c'est incroyable que tant de gens la visite , celle là justement .
Je fais comme eux  de temps en temps aussi en ayant l'intime conviction qu'elle m'appartient un peu ; je connais les numéros des arrondissements, le nom des stations de métro, quelques boutiques, quelques cinés, quelques immeubles, quelques restos  et du coup par enchantement elle devient à moi aussi cette  ville !
Ca m'amuse !
 
Les autres villes à côté ce sont des hameaux .
Ca peut paraitre pas très gentil ce que je dis là pour les autres villes !
Mais je m'en moque, c'est une image, tu l'as bien compris  !
Et puis j'aime bien les hameaux ; il y a  des murs moins hauts et très souvent ils sont fait de belles vieilles pierres, sans inscription, juste avec des lézards qui paressent au soleil ...
 
Annick SB
 
 


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Par Annick Brillant - Publié dans : Femmes
Samedi 6 mai 2006
L'image “http://www.lionel-valot.com/img/grande/La_Machine_faire_du_Jus_370.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.

Toile de Lionel Valot .

 
Ses yeux sont vidés
Vidés comme son corps
Va-t-elle  accoucher ?
Elle a mis sa tenue de prisonnière parce que  donner la vie c'est s'enfermer .
Et donner la mort, c'est se libérer ?
Elle ne sait plus très bien ce qu'elle  va rendre .
 
Elle se cramponne au rebord de la galère .
On dit que ça fait mal de donner la vie .
Elle n'a pas mal .
Elle rend la vie .
Elle perd tout son liquide .
Elle ne le regarde pas partir .
Elle n'arrive plus à regarder .
C'est le liquide de l'amour, du désir .
 
Elle est impassible ...
une souffrance qui ne se montre pas ...
la ressent-elle seulement ?
 
Elle va se dégonfler lentement et quitter ce navire .

Pour un autre peut-être bientôt ou dans longtemps .
Y'a une lettre qu'elle n'emportera pas .
Elle restera collée à sa poche
avec de l'encre invisible
et elle lui servira d'ancre pour ne pas chavirer, 
pour ne pas céder à la tentation de se rendre aussi en même temps .
C'est sa déclaration d'amour cette lettre .
La déclaration de naissance, elle pourra pas l'attraper au vol parce qu'il n'y pas pas de vent ce jour .
Rien à déclarer .
Comme une frontière de la désespérance
un mur
du silence
du vide
du rien .
 
Rien à déclarer je vous dis !
 
Mais,  elle ne dit rien ...
pas le moindre petit commentaire, ni soupir, ni souffle ne peut être perçu.

Elle est seule .

C'est son chuchotis intérieur .
Le perçoit -elle ?
Elle ne veut pas se laisser aller à l'entendre , à le comprendre .
Elle pourrait lui donner raison .
 
Juste sentir passer ce flot de vie
et savoir qu'il lui coulera des mains, de la tête, toujours toujours comme un suintement
comme un caillot très chaud
comme un soupir ...
 
ce flot de vie, de mort, ça peut paraître incroyable mais c'est de l'amour malgré tout .

Annick SB
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Par Annick Brillant - Publié dans : enfance
Lundi 24 avril 2006
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Tableau d'Hélène Mellaerts

je vais naître 
c'est bientôt, je le sens
je suis à l'étroit là
ça va être oublié très vite pour moi  et inoubliable pour eux, pour elle, ça dépend.
qu'ils m'aient ou non voulu, qu'elle soit seule ou pas, à la maison, dans un champ ou à l'hosto, je m'en moque
je veux sortir
entendez moi , je n'étouffe pas encore, mais malgré tout c'est long
je vais naître et n'être désormais plus protégé par elle
je vais avoir froid et mal aux yeux
mais j'attends et je suis impatient
elle va m'extirper avec une violence animale et ce sera l'amnésie de l'intérieur ...
mais  quelle découverte !
 
 
après, longtemps après,  tout autour, ils ne parleront plus de moi
ils se chamailleront  par expériences interposées
c'était comme ci, c'était comme ça , patati, patata, .... qu'importe !
je vais naître et après ...
c'est pas grave si on m'oublie un peu !
je têterai en attendant de pouvoir raconter à mon tour comment, ou comment pas, les miens viendront au monde ...
dans  longtemps !
 
je vais naître , je le sens et c'est merveilleux
je ne pense qu'à moi .
ni à elle qui aura mal sans doute
ni à lui qui l'aidera ou pas
je vais naître et peu importe où
 
l'important c'est la vie que grace à ce moment là on va me permettre de poursuivre ou pas .
 
Annick SB
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Par Annick Brillant - Publié dans : Femmes
Dimanche 9 avril 2006
L'image “http://www.hautz.at/bilder/monolith1.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.

                                - Martin HAUTZ -


Il y a le temps qui passe et puis celui qui fige ...
 
Voici la confidence de mon amie d' enfance .
 
Ils se sont servi de son corps comme si elle n'existait  pas .
Ils n'ont rien partagé .
Ils l'ont utilisé .
Ils ont ri très fort et lui ont dit des mots grossiers .
Elle n'était pas complètement nue .
Le tissu lui coupait la peau .
Leur virilité maladive et bestiale lui brûlait les chairs .
Dans sa tête c'était des bruits et des odeurs immondes .
Et elle n'arrivait plus à crier .
 
 
Elle attendait que le temps passe .
Le temps ne passait pas .
Et puis ils sont partis en s'enfuyant et en ricanant .
 
Elle a mis ses deux mains sur ses yeux et elle a pleuré .
Puis elle a vomi .
Le temps s'est détortillé de son corps .
 
Il est  passé ce sale temps et maintenant encore elle se sent  souillée alors qu'elle n'est qu'un corps pur .
 
 
 
Un jour peut-être elle aura un enfant, dans longtemps .
Ce sera peut-être un garçon .
Elle l'aimera mais quand  il grandira elle le détestera en même temps .
Elle s'emmêlera les idées .
Elle aura honte de se les emmêler .
Elle aura honte tout le temps .
 
 
Elle a peur  maintenant .
Elle sait que statistiquement ça ne recommencera pas pour elle .
Elle sait aussi que statistiquement ça continue pour d' autres tout le temps .
Elle déteste les statistiques et pourtant son métier c'est de compter toujours .
 
 
Elle a eu un enfant un jour .
C'est un garçon et à l'instant où elle  me l'a annoncé j'ai perçu  de la crainte dans sa voix .
 
Son enfant est doux .
Elle l'aime tout le temps .
Elle a peur de dire aux autres femmes qu'elle a cru ne pas pouvoir l'aimer .
 
Un jour elle s'est confiée .
C'était il y a longtemps, et malgré tout elle n'est pas délivrée de la hantise du corps de l'homme .
 
Et ça dure depuis si longtemps ...
 
Il y a le temps qui passe et puis celui qui fige le corps et le coeur .
C'est le temps mort de la peur .
 
Annick SB
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Par Annick Brillant - Publié dans : enfance
Mercredi 5 avril 2006
L'image “http://lesdelicescreatifsdelulut.blog.expedia.fr/images/medium_alice.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.




Il peut paraitre bien prétentieux de ma part de vous dire que je suis Alice !
Surtout que vous connaissez  pertinemment mon prénom ; vous savez que je suis adulte et pas encore tout à fait délirante  etc... Mais bon , je vous l'affirme, là, comme ça, comme une confidence entre amis quoi :
Alice, c'est moi .


Je suis une exilée du pays des Merveilles .

Caroll m'a mené en barque très exactement le 4 juillet 1862 et  je chavire encore .

D'ailleurs, si vous possédez l' ouvrage - Lewis caroll , photographe victorien - aux éditions du chêne, vous n'aurez pas de mal à me reconnaître page 63 ...vous voyez bien sur  la photo, que c'est moi !
Je n'ai jamais très bien compris comment j'ai débarqué dans ce corps, dans cette vie, dans cet âge, dans cette époque, dans cette logique .
J'ai cherché un moment, mais  lasse de tourner en rond dans une quête impossible,  je m'y suis faite .

On se fait à tout .

J'ai du mal d'ailleurs à rentrer en la personne d'Annick ; elle est agaçante celle - là ; absurde et stricte ;  je m'en éloigne très souvent pour retrouver ma candeur et les rêves ; j'adore les terriers de lapin ...

Heureusement que la réminissence existe !


Je n'apprécie pas outre mesure la descente vertigineuse obligée pour foncer vers les Merveilles car je suis un peu claustrophobe, mais bon, je m'y adonne régulièrement et je ne me suis jamais complètement cassée la figure .

Si vous voulez m'accompagner , laissez vous guider, vous allez voir c'est simple ... je vais vous expliquer les prémisses du grand voyage .

Tout d'abord, vous devez être anéanti ...
C'est très facile ; il y a plusieurs manières de s'y prendre :
Soit vous perdez un être cher, soit vous vous battez avec votre voisin, soit vous vous plantez en voiture, soit vous êtes victime d'un attentat ou d'une rare maladie ou d'un CPE , soit vous tombez amoureux, ou ... à vous de choisir  ;  possibilités infinies  et toujours très personnelles !
Enfin, même si ce n'est qu'une simple tuile qui vous assome  la tête, vous prenez ; le voyage ne commence que pour  ceux qui s'y attendent le moins .
C'est comme un  sursaut .

Lorsque vous êtes enfin anéanti, vous fermez les yeux tout doucement et vous  patientez .

Vous n'êtes pas invisible, surtout pas ; donc vous avez pris soin de vider vos poches de toutes les guimauves vertes qui pourraient vous tenter .
Non, c'est le monde qui va devenir invisible et tout  va commencer .
Condition siné qua non ...du voyage ... fermez les yeux ...

Ensuite il faut arriver à un laisser-aller corporel pas forcément facile à négocier rapidement, mais on s'habitue à tout .
Avec un peu d'entrainement, ça marche !
Vous devez rendre vos sensations corporelles proches de celles de l'abandon, sans jamais céder à la faiblesse du laisser-aller .

Concentrez vous donc sur une partie de votre corps qui est goûteuse .

Tenez, une larme, par exemple .
( pour la trouver, facile : épluchez des oignons, ou faites vous gifler par votre mère ou regardez un enfant affamé aux informations télévisées ... ou passez-vous le DVD " la vie est belle"  bref, une larme, vous n'allez pas me dire que c'est dur à trouver par les temps qui courent !)


Bon maintenant que vous l'avez votre larme, et bien vous la faites grandir ... elle devient géante mais c'est pas la mer, car il n'y a ni vent, ni rochers, ni algues, ni bateaux ni poisson ni votre grand-père pour vous accompagner au bord de l'eau , non, juste une larme qui grandit simplement sans nostalgie .

Et puis après, soit vous nagez dedans si votre énergie physique est importante et vous vous laissez guider par les flots ... soit vous vous enveloppez  dans elle  et vous goûtez à une quiétude humide, tendre et délicieuse  si vous êtes plus paresseux .


Alors ce voyage vous tente ? Vous me suivez toujours ? ...Ca vous parait difficile ?

Surtout, n'abandonnez pas en chemin ... le pays des Merveilles n'est jamais très loin .



Annick SB








 
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Par Annick Brillant - Publié dans : mystères
Lundi 20 mars 2006
L'image “http://www.zero-zoo.com/tableau/zd289.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.
 
 - dans la forêt -          Peinture de François Pierre Bleau, dit Zéro Zoo

 
 
Dans la forêt, il y a de la mousse qui sent si bon
et des feuilles qui jonchent le sol
il y a la terre humide
et des branches qui craquent
il y a le souffle délicat du vent qui joue à cache - cache entre  les troncs
il y a de petits rochers sur lesquels on peut monter pour sauter,
pour jouer .
Il y a des fourmillières
à observer en silence
on est bien dans la forêt
on est si bien !
 
Mais parfois on a peur .
C'est délicat d'avoir tout le temps peur se dit le petit Chaperon multicolore .
Elle n'a pas vêtu ses habits de camouflage, n'a pas de cape d'invisibilité et elle sait qu'elle se fait remarquer .
c'est comme ça
elle avance
elle devient une cible
une proie
elle avance
elle pourrait s'allonger sur la mousse ou se cacher sous les feuilles
mais non, elle ne veut pas se salir, se souiller , s'abaisser
elle ne veut pas ternir toutes les couleurs qui la rendent si belle
toutes les couleurs de la vie
elle cherche dans sa petite tête ce qui pourrait bien lui arriver de beau  dans cette forêt
quelle rencontre elle pourrait faire
C'est le printemps et elle aperçoit des petites violettes .
Que c'est agréable les petites violettes !
 
Personne d'autre que ces fleurs au parfum ennivrant .
C'est beau la forêt  .
C'est tranquille .
Des arbres sur lesquels  on peut poser son front .
Des arbres que l'on peut enlacer sans risque .
C'est extraordinaire la forêt !
Ses senteurs boisées l'ennivrent .
Qu'elle est bien !
Elle ne regrette pas de se promener dans la forêt .
 
Mais, tout à coup,
oui, vous l'attendiez, vous l'aviez peut-être aperçu ...
La Bête .
Elle est là, cachée,  elle guette .
dans une  forêt il y en a toujours
dans les clairières ou sur les chemins, derrière les arbres , cachées près des souches, ou même parfois sur les branches, pour mieux sauter, pour mieux surprendre, pour mieux vous empêcher d'avancer .
 
Certains Chaperons en croiseront plus que d'autres ;  
d'autres auront la chance de ne jamais  en croiser .
- C'est comme ça -
 
 
Le petit Chaperon multicolore ne court pas vite .
Le petit Chaperon multicolore n'a pas de force .
Le petit Chaperon multicolore est fragile .
 
La Bête s'approche
elle est laide
elle sent mauvais
elle est grande
elle est malsaine
elle est horrible
elle est terrifiante
elle est atroce
mais elle est
- c'est comme ça -
( ça prouve que le sacré est une sacré connerie, l'exitence de la Bête immonde de la forêt )
 
le petit Chaperon multicolore est exténuée, figée
 
elle est vide
 
elle ferme les yeux et implore silencieusement la fée qui l'a baptisée de lui venir en aide
 
La fée est gentille,
elle l'entend
le petit Chaperon multicolore est soudainement dotée du pouvoir le plus magique et le plus simple qui soit ...
 
elle s'emplit de mots, écarte ses lèvres, ouvre la bouche  et instantanément elle reprend ses forces, elle lutte, elle vit, elle sourit, malgré la Bête immonde qui la frôle
et c'est sa délivrance .
 
 
 
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J'adore ...

  Pas de Pannick, tout va s'arranger ...

à vous ...

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