Je crois que ...

 
 ... la vérité de l'absurdité de notre présence ici-bas nous fait mal aux yeux et il est rassurant de fixer par moments quelques gribouillis sur n'importe quel support afin que les images sordides et réelles qui nous pètent à la figure constamment n'envahissent pas nos nuits.
Faites de beaux rêves...




enfance

Publié dans : enfance
Jeudi 8 février 2007




http://www.mensa.fr/forum/getfile.php/mensafrance_vieprive/1038/Champ%20de%20tournesols.jpg




C'était en août, ça j'en suis sûre .
Le train filait vers la Roumanie et je n'avais jamais vu autant de champs de tournesols.

Merveilleuses couleurs à perte de vue...
 
Je ne me souviens pas de la date exacte du voyage.
Août 1973 ? 1974 ?
Je sais que les dates précises sont importantes pour certains, dans les livres d'histoire, dans les conversations ...
Mais bon, important pour les autres, pas pour moi.
Mon cerveau n'a jamais retenu les chiffres , que les émotions .
 
Je crois que je n'ai jamais eu  le courage, ni la patience d'aller chercher la précison de cet évènement là .
Même maintenant je n'arrive pas à le faire .
Peut-être pour continuer de croire que ce n'était qu'un cauchemar, oui, c'est ça, continuer de penser que comme souvent, j'avais rêvé .
Que ça ne pouvait pas être vrai .
 
C'est  pourtant précis ce souvenir .
 
On nous avait prévenus dès le départ :
- Dans le camp, il y aura des enfants de tous les pays et certains d'entre eux seront très tristes car  leur pères sont condamnés à mort ; la sentence sera appliquée pendant votre séjour  en Roumanie .
C'était une phrase très lourde, un truc incompréhensible ; une chronique d'une mort annoncée un peu particulière .
 
Le train filait...

Tournesols, tournesols à perte de vue ... c'était magnifique .
 
 
Un matin, on était rassemblés dehors dans une immense cour .
Presque toutes les nationalités étaient présentes , une dizaine d'enfants par pays .
Tout le monde portait l'uniforme :  shorts, chemisettes, écussons ...de couleur variée selon les patries .
Ce voyage ?
Une occasion rêvée de comprendre !
L'espace, le temps...
On m'avait convaincue  d'accepter tous ces rituels débiles  et ça avait été difficile ; de toutes façons cet été là , la Provence , la mienne,  ma campagne, mon enfance, étaient en train de se perdre sous les eaux
- construction d'un barrage - 

une autre date, un autre fait.
Alors ici ou là ; j'aurai au moins un souvenir ...


Un souvenir, oui, j'en ai un , un terrible .
 
C'était la première fois que je participais à un camp international, la dernière aussi .
Je me souviens que je regardais attentivement les mongols car le mot me faisait encore rire .
Et aussi  les très belles nattes des filles russes avec les rubans colorés attachés aux mèches .
Je prenais conscience que le mot cliché voulait dire quelque chose et cela m'affolait déjà .
Je regardais les vietnamiens et je trouvais qu'ils se ressemblaient tous et ils me faisaient penser à la fille adoptive de ma prof de français .
J'observais les canadiens car leur moniteur était très marrant avec ses longs cheveux roux et ses dents en avant ; il y avait même des américains et ça c'était aussi très bizarre .
Et les italiens surtout, je les observais avec insistance, vraiment, car Mauro, brun aux yeux noirs, ne me déplaisait pas et mon petit coeur chavirait déjà !
Quel regard il avait !
Bref, on allait vivre un mois de déconnade, je le sentais et en même temps il y avait une certaine tension dans l'air .
On nous avait prévenu .
On était  très nombreux mais je ne ressentais pas ma peur habituelle de la foule.
Peut-être parce qu' on avait tous à peu près le même âge.
Peut-être parce que Mauro me regardait ; je n'étais pas seule .
 
Ils savaient tous marcher au pas , nous pas .
" Nous " , c'était les français et les italiens justement.
Rien que ça c'était déjà drôle .
 
Ce jour là, quand on a été tous regroupés, on a chanté l'Internationale .
 
On a fait une levée de drapeau, en silence  puisqu'on rendait hommage aux pères de nos copains de camp qui venaient d'être garrottés le matin même à Madrid .
 
 
Ce sont des têtes, des cous qui ont été garrottés un matin d'août .
Je ne savais même pas ce que ça voulait dire avant le voyage, garrottés .
 
                         - GA   RRO   TTES -
 
Le mot me traversait l'esprit et je me demandais comment mes amis pourraient  vivre ensuite en devenant  orphelins de la sorte .
 
 
Nous étions en vacances.
Nous  étions  regroupés dehors par pays.
Nous étions venus là pour nous amuser.
 
Mais on s'amusait pas du tout ce matin là .
 
Je n'arrivais pas à regarder du côté des espagnols parce que ça me paraissait fou qu'on ne puisse rien faire d'autre que de chanter et de lever un drapeau à ce moment précis.
J'aurai aimé être plus grande que l'horreur , plus forte que l'injustice ; j'aurai aimé ne pas ressentir la rage de l'incompris et la honte du survivant qui se mêlaient dans mon coeur .
 
Les pères de ces enfants étaient tout simplement des militants communistes, comme mes parents .

Annick SB

Publié dans : enfance
Lundi 25 décembre 2006

http://imagineressources.linternaute.com/document/image/550/noel-joyeux-chemoa-paris-france-187492.jpg



Pendant des années, le Père Noël a apporté chez nous des petites souris ...
comme celle-ci !!!

Souvenir délicieux ...


Publié dans : enfance
Dimanche 24 décembre 2006
Comptine ...

Elle est longue l'attente,
Alors les enfants chantent :
" Petit papa Noël,
Descends vite du ciel. "

Les enfants ont chanté,
Puis ils l'ont appellé :

   - Dis Noël es-tu là ?

                         - Chers amis, me voilà !

L'image “http://forum.alsacreations.com/previews/1376-pere-noel.gif” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.
Joyeux Noël à vous tous !


Publié dans : enfance
Samedi 25 novembre 2006
 
Ils ont des robes noires et des cols de fourrure.
Tu les regardes.
Tu n'as jamais vu ça.
Tu ne parles pas.
Tu ne sais pas véritablement pourquoi tu es là.
Qu'as-tu fait ?
As-tu décidé quelque chose ?
Ou la vie t'a pris de court, comme ça, comme souvent depuis six ans ?
Tu dois y être.
C'était écrit.
Tu ne sais pas lire.
Mais on t'a dit que c'était écrit, qu' il fallait y aller, que ça allait changer ta vie .
Tu ne veux pas que ta vie change, pas tout le temps, pas maintenant, surtout pas, non.
Tu es bien.
Tu as peur aussi.
Tu as  senti qu'il se passait quelque chose d'important.
Mais tu ne sais pas vraiment ce que c'est.
 
Avec leur robe noire et leur col de fourrure , ils te paraissent grands, plus grands que les autres personnes qui sont présentes aussi .
Il y a beaucoup de gens dans ce long couloir.
Ils attendent comme toi.
Ils ne parlent pas.
Chacun a l'air préoccupé, à, sa manière.
Ne pas  montrer aux autres que tu l'es .
Ils ne te regardent pas dans les yeux.
Tu te sens seul.
Et pourtant tu  es accompagné.
Tu as toujours été accompagné, même quand ...
Le paradoxe est un mot que tu ne connais pas ; tu le vis seulement.
Tu attends.
 
C'est ton tour.
Tu entres dans une très grande salle.
La table est immense, vraiment immense.
Tu te souviens que tu n'avais jamais vu de table avant.
Tu n'avais jamais vu de table comme ça .
On t'installe sur un grand fauteuil.
Tu ne peux pas t'adosser sinon tes pieds touchent le velours et elle t'a regardé en te faisant signe de ne pas les poser dessus.
Tu as compris son signe.
Tu l'aimes.
Elle t'aime.
Tu ne mets pas les pieds sur le fauteuil.
Elle n'est pas comme d'habitude.
D'habitude elle te serre, elle rit, elle parle.
Là, elle est sur un autre fauteuil et elle se tait.
Et lui aussi.
Il t'aime.
Tu le sais.
Ils sont tous les deux de part et d'autre de ton siège.
Tu ne peux pas être sur leurs genoux, ni à elle, ni à lui.
Tu réalises que c'est la première fois que tu ne peux pas les toucher.
Tu cherches la bêtise que tu as pu faire pour qu'il soient si éloigné de toi .
Tu ne la trouves pas.
 
Une dame avec sa grande robe noire et son col de fourrure blanche parle.
Tu entends ton nom.
Elle le prononce mal.
Mais tu ne dois rien dire.
On ne te demande rien.
Tu as même l'impression qu'on ne te parle pas vraiment.
Mais tu es là et on parle de toi.
 
 
On te demande de retourner dans le couloir.
Encore attendre.
D'habitude tu bouges, tu souris, tu vis.
Là tu es tétanisé.
Tu as peur.
Tu ne sais pas ce que tu as fait.
Tu ne bouges pas.
 
Ils reviennent te chercher longtemps après.
Tu t'assoies sur le même fauteuil et eux aussi, chacun sur le sien, de part et d'autre.
 
La dame avec sa longue robe noire et son col de fourrure blanche parle de l'autre côté de l'immense table.
Elle a le sourire maintenant.
Tu entends ton nom.
Ils l'éppellent, pour être sur que c'est bien toi peut-être ?
Tu entends les lettres et ça te rassure car tu les connais par coeur les lettres de ton nom.
Tu ne sais toujours pas ce que tu as fait.
 
Voilà, c'est fait.
Tu sors avec eux.
Ils sourient.
On  les félicite.
Ils remercient.
Pudeur.
Toi tu regardes la longue robe noire avec le col de fourrure  de toutes ces personnes en tournant la tête tout en avançant.
Tu donnes la main à ton papa et à ta maman qui t'aiment et tu ne laches pas du regard les longues robes noires et les cols de fourrure.
 
Il parait que maintenant tu es français .

Annick SB
 
 
Publié dans : enfance
Mercredi 13 septembre 2006
L'image “http://www.artsquebec.net/upload/resize/450/COSTANZO_ANGELO_PEUR_2906Image.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.

Peinture acrylique de Angelo Costanzo .

J'étais là, petite, blottie, témoin appeurée de ta souffrance et je n'ai pas su quoi faire .
Ta tête et tes yeux m'affolaient .
Etrangement je pressentais que mon appitoiement était très vulnérable, et que je ne te serais d'aucun secours, car j'étais trop meurtrie moi aussi,  peut-être plus que ta torture .
Je me sentais doublement démunie, incapable d'aider, décalée .
Je crois que j'ai fermé les yeux pour m'éloigner du bleu des tiens .
Oui c'est ça .
Je n'ai plus voulu voir, savoir, je n'ai pas souhaité comprendre et je me suis mise en retrait, ailleurs, en espérant que tu aies l'énergie pour transformer lentement ta solitude en paroles .
J'ai attendu que tu puisses te libérer .

Pourquoi ta bouche est restée close ?
Pourquoi n'as-tu rien prononcé ?
Est-ce si délicat de murmurer ta peine ?
Et l'oubli, est-il au rendez-vous de tes pensées ?

J'étais là, petite, blottie, témoin apeurée de ta souffrance et j'ai attendu ...

Annick SB
Publié dans : enfance
Lundi 24 avril 2006
L'image “http://helene.mellaerts.free.fr/peinture/parcours/imagespastel/90mhistrencontre.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.

Tableau d'Hélène Mellaerts

je vais naître 
c'est bientôt, je le sens
je suis à l'étroit là
ça va être oublié très vite pour moi  et inoubliable pour eux, pour elle, ça dépend.
qu'ils m'aient ou non voulu, qu'elle soit seule ou pas, à la maison, dans un champ ou à l'hosto, je m'en moque
je veux sortir
entendez moi , je n'étouffe pas encore, mais malgré tout c'est long
je vais naître et n'être désormais plus protégé par elle
je vais avoir froid et mal aux yeux
mais j'attends et je suis impatient
elle va m'extirper avec une violence animale et ce sera l'amnésie de l'intérieur ...
mais  quelle découverte !
 
 
après, longtemps après,  tout autour, ils ne parleront plus de moi
ils se chamailleront  par expériences interposées
c'était comme ci, c'était comme ça , patati, patata, .... qu'importe !
je vais naître et après ...
c'est pas grave si on m'oublie un peu !
je têterai en attendant de pouvoir raconter à mon tour comment, ou comment pas, les miens viendront au monde ...
dans  longtemps !
 
je vais naître , je le sens et c'est merveilleux
je ne pense qu'à moi .
ni à elle qui aura mal sans doute
ni à lui qui l'aidera ou pas
je vais naître et peu importe où
 
l'important c'est la vie que grace à ce moment là on va me permettre de poursuivre ou pas .
 
Annick SB
Publié dans : enfance
Mercredi 5 avril 2006
L'image “http://lesdelicescreatifsdelulut.blog.expedia.fr/images/medium_alice.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.




Il peut paraitre bien prétentieux de ma part de vous dire que je suis Alice !
Surtout que vous connaissez  pertinemment mon prénom ; vous savez que je suis adulte et pas encore tout à fait délirante  etc... Mais bon , je vous l'affirme, là, comme ça, comme une confidence entre amis quoi :
Alice, c'est moi .


Je suis une exilée du pays des Merveilles .

Caroll m'a mené en barque très exactement le 4 juillet 1862 et  je chavire encore .

D'ailleurs, si vous possédez l' ouvrage - Lewis caroll , photographe victorien - aux éditions du chêne, vous n'aurez pas de mal à me reconnaître page 63 ...vous voyez bien sur  la photo, que c'est moi !
Je n'ai jamais très bien compris comment j'ai débarqué dans ce corps, dans cette vie, dans cet âge, dans cette époque, dans cette logique .
J'ai cherché un moment, mais  lasse de tourner en rond dans une quête impossible,  je m'y suis faite .

On se fait à tout .

J'ai du mal d'ailleurs à rentrer en la personne d'Annick ; elle est agaçante celle - là ; absurde et stricte ;  je m'en éloigne très souvent pour retrouver ma candeur et les rêves ; j'adore les terriers de lapin ...

Heureusement que la réminissence existe !


Je n'apprécie pas outre mesure la descente vertigineuse obligée pour foncer vers les Merveilles car je suis un peu claustrophobe, mais bon, je m'y adonne régulièrement et je ne me suis jamais complètement cassée la figure .

Si vous voulez m'accompagner , laissez vous guider, vous allez voir c'est simple ... je vais vous expliquer les prémisses du grand voyage .

Tout d'abord, vous devez être anéanti ...
C'est très facile ; il y a plusieurs manières de s'y prendre :
Soit vous perdez un être cher, soit vous vous battez avec votre voisin, soit vous vous plantez en voiture, soit vous êtes victime d'un attentat ou d'une rare maladie ou d'un CPE , soit vous tombez amoureux, ou ... à vous de choisir  ;  possibilités infinies  et toujours très personnelles !
Enfin, même si ce n'est qu'une simple tuile qui vous assome  la tête, vous prenez ; le voyage ne commence que pour  ceux qui s'y attendent le moins .
C'est comme un  sursaut .

Lorsque vous êtes enfin anéanti, vous fermez les yeux tout doucement et vous  patientez .

Vous n'êtes pas invisible, surtout pas ; donc vous avez pris soin de vider vos poches de toutes les guimauves vertes qui pourraient vous tenter .
Non, c'est le monde qui va devenir invisible et tout  va commencer .
Condition siné qua non ...du voyage ... fermez les yeux ...

Ensuite il faut arriver à un laisser-aller corporel pas forcément facile à négocier rapidement, mais on s'habitue à tout .
Avec un peu d'entrainement, ça marche !
Vous devez rendre vos sensations corporelles proches de celles de l'abandon, sans jamais céder à la faiblesse du laisser-aller .

Concentrez vous donc sur une partie de votre corps qui est goûteuse .

Tenez, une larme, par exemple .
( pour la trouver, facile : épluchez des oignons, ou faites vous gifler par votre mère ou regardez un enfant affamé aux informations télévisées ... ou passez-vous le DVD " la vie est belle"  bref, une larme, vous n'allez pas me dire que c'est dur à trouver par les temps qui courent !)


Bon maintenant que vous l'avez votre larme, et bien vous la faites grandir ... elle devient géante mais c'est pas la mer, car il n'y a ni vent, ni rochers, ni algues, ni bateaux ni poisson ni votre grand-père pour vous accompagner au bord de l'eau , non, juste une larme qui grandit simplement sans nostalgie .

Et puis après, soit vous nagez dedans si votre énergie physique est importante et vous vous laissez guider par les flots ... soit vous vous enveloppez  dans elle  et vous goûtez à une quiétude humide, tendre et délicieuse  si vous êtes plus paresseux .


Alors ce voyage vous tente ? Vous me suivez toujours ? ...Ca vous parait difficile ?

Surtout, n'abandonnez pas en chemin ... le pays des Merveilles n'est jamais très loin .



Annick SB








 
Publié dans : enfance
Dimanche 19 février 2006
L'image “http://perso.enst-bretagne.fr/~abraham/pictanim1997/choisir.gif” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.



Voilà, on était sagement assis dans l'amphi et notre professeur d'épistémologie nous a interpellé comme on dit dans ce milieu universitaire :
 
- Vous parlez de différence sociale ; certes ; mais ... que diriez vous de la beauté en terme de différence ?
Les mains se lèvent ; le tour de parole est engagé ...
... ça chahute ; peu de réflexion ;  beaucoup de verbe ...
... une fac de socio ordinaire !
                           Et moi je rêve .
 
La beauté ?
En voilà une belle différence .
En voilà une belle injustice !
Avec tout ce que ça comporte de subjectif , de jugement de valeur etc,etc, etc ...
Bon le cours est terminé ; j'ai pris des notes ; je vais relire, réfléchir ....
 
Quelques années ont passé ...
Je ne suis plus dans un amphi , je suis dans une salle d'école normale d'instituteur.
Quelle différence !
Cette fois ci le prof n'est plus épistémologue ; c'est plus simple l'éducation  nationale pour les plus jeunes !  
Il a étalé sur la table une quantité impressionnante de  photos d'enfants ; et il nous demande d'en choisir deux ; une que l'on adore et une que l'on déteste .
 
 
                    ... attrait/ répulsion ...
 
Comme c'est un charmant prof et tout et tout, les "groupies" jouent le jeu ; ils et elles choisissent sans rechigner .
 Et moi, qui adore jouer d'habitude, participer ... eh bien j'ai du mal  ; je suis bloquée .
Pourquoi ce visage plutôt qu'un autre ?
Pourquoi ce choix ?
Je n'y arrive pas .
 
                 Ce n'est pas grave .
                  Rien n'est grave .
 
 
Suite du cours ; justifier votre choix .
Préoccupant,
pour moi qui n'ai rien voulu choisir .
Rarement embarassée quand il s'agit de défendre mon steack, j'attends ; je sens que je parlerai en dernier ou qu'il ne me fera pas parler du tout .
 
 
J'écoute les autres .
 
     - ce regard asiatique
     - cette peau brune
     - ces haillons émouvants
     - ce ventre si gros
     - ces yeux si bleus
     - cette peau si fine
     - ce bec de lièvre
     - il me ressemble
     - etc...
     - etc...
     - etc...
 
 
La liste de ce qui est touchant ou pas, ou dégoûtant ou pas, est longue, longue ; leurs justifications me paraissent interminables et surtout malsaines, nauséabondes, perverses .
 
Ca vient à moi de parler . 
Je  suis mal à l'aise .
Je ne peux  résolument pas choisir un visage d'enfant que j'apprécie et un autre que je rejette .
Je ne peux pas .

- Continuez .
 
Je ne peux pas , c'est tout !  
Ce sont des enfants .
Des enfants , tout simplement .
 
Les autres :
- Mais alors tu es indifférente à la beauté .
 
Indifférente,  moi ?
Une blague !!!
 
 
Quelques années plus tard ...
Cette fois ci c'est moi qui accueille des futurs instits en stage .
 
 
Et devant une stagiaire qui parle sans cesse de tel enfant comme étant le top, le plus beau, le plus ci,  le plus là,
je lui fait juste remarquer,
à la fin de la journée,
que cet enfant qu'elle admire appartient au même milieu social qu'elle .
IIs sont nobles tous les deux .
Il a reconnu sa chevalière qu'elle porte à l'auriculaire comme un signe distinctif de classe sociale .
Il a reconnu le tissu écossais de son pardessus de marque anglaise .
Il a reconnu la manière de sourire mais de ne surtout pas rire aux éclats .
Il a reconnu toutes les petites différences qui claquent et qui font qu'on se sent, à l'aise ou non, différent ou pas .
 
 
A elle maintenant d'apprécier les autres, les gros sabots, ceux qui machent la bouche ouverte , ceux qui n'ont pas appris à se moucher , ceux qui ont les ongles sales , ceux dont les pantalons sont rapiéciés, ceux qui disent des bêtises, ceux qui ne savent pas marcher , ceux qui sont sur des fauteuils, ceux qui sont nés en prison, ceux qui ...ont de jolis fossettes ...
 
J'aimerai qu'un jour elle aussi, elle  rencontre ce prof de philo et qu'il lui étale les photos d'enfants sur la table ...en lui demandant de choisir ...
 
Publié dans : enfance
Vendredi 3 février 2006
http://www.patricksimon.com/art/blanchisseuse_toulouselautrec.jpg

             La blanchisseuse - Toulouse Lautrec -


Il a été très maladroit, du haut de ses cinq ans ; blessant même .

Il lui a dit d'un ton tranchant avec sa voix rauque d'enfant enfumé :

" On ne mélange pas les turcs et les français ! "

Et elle a pleuré sur le tapis de la classe vers neuf heures du matin, pendant que l'on regardait en images les différents arbres de la planète, chênes, bouleaux, cèdres, sapins, ... après avoir fait notre visite au parc la veille .

Ce polisson a fait pleuré "ma" Beyzanur, mon amour de petite brunette au strabisme divergent.
Beyzanur !

Et je lui ai demandé en ayant pourtant très bien entendu :

- Pourquoi tu pleures ?

Je voulais qu'elle recrache le venin très vite, pour s'en débarasser le coeur.

Je l'ai consolée évidemment  et j'ai grondé Grégory sans lui en vouloir .
Il n'a pas bien compris pourquoi je le grondais, je crois .
Il n'est pas très avisé lui non plus .

Il répète ce qu'il entend, ici, là, ici, tout le temps .
C'est un môme !
Ensuite, calmement, je leur ai proposé un gentil déboulonnage de cervelle .
Comme ça  !
Comme on fait tous les jours ou presque à école .
Une petite piqûre de relation ; classique !

Et c'est en m'entendant que j'ai commencé à avoir peur ...
Peur de ce que je disais ...
Peur de ne plus y croire ...
Peur de tout mélanger ... de m'enferrer dans de vaines explications .
Quand j'ai eu terminé mon petit laïus ... " on est tous pareils, gnagnagnagna " ..., j'ai eu un gros doute .
Je me suis morfondue instantanément .
Car un rêve s'est intercallé entre eux et moi, entre ma perception du présent et ce que j'imaginais du futur et j'ai besoin de votre avis :

Etait-ce un cauchemar ou un beau rêve ?

Les rêves prémonitoires existent-ils ?
Mélange-t-on les rêves et les cauchemars ?
Mélangez-vous les torchons et les serviettes ?
Pourquoi faut-il ranger ?
Qu'est ce que l'ordre ?
L'espoir a-t-il quelque chose à voir avec notre cervelle désordonnée ?

Je ne comprends plus les proverbes .

Je me suis vu dix douze ans plus tard, croisant Beyzanur sur un marché ou ailleurs ; peu d'importance les lieux en fait dans les relations humaines !

Son strabisme n'avait pas été opéré ; les mutuelles, on est tous pareils, mais il y en a qui n'en auront jamais .
Ses yeux, je n'ai pas pu les louper, car on ne voyait qu'eux derrière son voile noir ; ses yeux débordants de curiosité, de malice, de joie, d'envies ; les yeux rieurs de Beyzanur, mon adorée !

On est toutes pareilles, mais il y en a que l'on voit plus distinctement que d'autres .
On a fait quelques pas toutes les deux et elle m'a raconté ce qu'elle devenait. Très succintement, elle qui était si bavarde autrefois .

Je me souvenais, que c'était elle , un jour, qui m'avait dit que les turques, ells ne se maquillaient pas ; que chez elle, le chef, c'était papa .
Même que je lui avais répondu que dans une petite famille, on n'avait pas besoin d'un chef , que ça me faisait rire ce qu'elle racontait , un gus qui défie ceux qu'il aime !
Et elle avait ri aussi .

Elle m'avait confié également que sa maman était enceinte et que le toubib allait bientôt dire si c'était une fille ou un garçon.
- Et toi, tu voudrais avoir  un petit frère ou une petite soeur ? , lui avais-je demandé .

Elle avait presque  crié : " une petite soeur ! "
Et puis s'était reprise immédiatement ;
- Papa et maman, ils veulent un frère .

C'était elle qui en premier avait pointé un zeste de différence ;  je m'en souviens très bien .
Un frère, une soeur, un torchon, une serviette, un chef, un sous-chef ... l'ordre ... ???

En fait, là, au marché, j'ai eu comme honte de lui avoir menti un matin, sur le tapis de la classe .
On est tous pareils, certes, sauf que quand même, il y en a qui font plus torchons et d'autres plus serviettes ...
Le tissu est sexué, oui, ça doit être ça .
Est- ce que la liberté ça se mélange ?
Ca m'intrigue, cette idée de liberté .
Je ne le sens jamais moi . C'est parce que je suis trop désordonnée vous croyez ?
J'ai l'impression qu'on ne peut pas se mouvoir dans grand chose .
Sitôt énoncée, hop, elle ne prend pas d'essor, elle se barre la liberté du mélange, la liberté de l'échange, la liberté du respect .
Oui, c'est ça que je voulais vous demander en chuchotant Eluard :
Vous la trouvez où, vous, la liberté ?
Dans quelle boutique, sur quelle place ?
Ici ou ailleurs ?

Et surtout, qu'est ce que vous en faites ?

Publié dans : enfance
Jeudi 2 février 2006
L'image “http://wilfrid_hoffacker.blog.lemonde.fr/wilfrid_hoffacker/images/sport.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.


Je ne sais pas comment j'ai réussi à l'esquiver celui-là ...

Nous étions un jeudi matin .
Je me tenais à l'embrasure de la porte pour les accueillir et je l'ai vu arriver.
Une furie.
Elle  a commencé a vociférer, à hurler .
Elle ne tenait plus en place .
Elle ne me laissait pas placer un mot .
Elle s'approchait de plus en plus près .
Elle a levé sa main sur moi.
J'ai réussi à crier : " Vous n'allez quand même pas me mettre un coup de poing  sur la figure ? "
Ca l'a fait réagir .
Il y avait 25 petits témoins affolés qui s'approchaient de la porte .

Elle a baissé sa main .
Elle a préféré continuer les vociférations .
Elle m'a traité de salope, de connasse .

Je lui ai dit :
- Vous devez avoir un sacré problème avec la violence .

Mon élève , sa fille (sa fille, mon élève, c'est plus respectueux )  était deux jours auparavant couverte de bleus. 

Des sacrés  coups .

Sa fille, mon élève a été placée en famille d'accueil le vendredi .



- Pour plus de précision sur les évènements,  veuillez contacter la section locale de la " solidarité laïque " qui gère les violences faites à l'encontre du personnel de l'Education Nationale .
- Pour les violences faites envers les enfants, veuillez renouveller votre appel ...
Publié dans : enfance
Samedi 21 janvier 2006
Consigne :
Ecrire un texte en employant les mots suivants :

morfondre ; port ; botte ; relation ; rauque ; enferrer ; épinette ; dérogatoire ; sixièmement ; confiseur ; essor ; avisé ; nul ; tranchant ; défier ; mouvoir ; déboulonnage; siffloter ; désservir ; crapuleux.


http://www.mollat.com/cache/upload/blaise.jpg Blaise, le poussin masqué de Claude Ponti .


 
 
Voici donc Ali .
 
C'est un petit poussin, tout droit sorti d'un album de Ponti , un petit poussin triste et seul , desservi par le sort .
Il s'appelle Ali et porte sur son dos un petit sac de délices .
 
Mais Ponti  a préféré Blaise, le Poussin Masqué et Ali, lui, et bien il s'est retrouvé froissé dans une feuille, direction la corbeille à papier .
 
Oh la la ! C'est pas facile ça, de siffloter en étant si snif snif !
 
Il est pas gentil monsieur Ponti aujourd'hui !
Il est même crapuleux et tranchant.
Il va le regretter le déboulonnage excessif et sans pitié de sa maquette .
 
Ali va aller se faire voir ailleurs . Voilà, c'est décidé !
 
Bon, comme dans toutes les histoires de petit poussin, Ali décide de faire le tour du monde parce qu'il parait que c'est là que se trouve l'ailleurs .
 
Il escalade le plastique de la corbeille, prend son essor, et ...
Plaf ! Il tombe sur le  sol , avance dans la pièce et sort .
 
Il aperçoit un port .
Tiens ! il y a des bateaux aux mâts d'épinette, des poissonniers aux lames tranchantes, des passants, des sauveuses de relation, celles qui vendent des frissons ... ça lui fait peur à Ali tout ce petit monde qui s'agite sans cesse autour de son duvet  .
 
Paniqué, il se réfugie chez un confiseur et reprend son souffle , mais déjà, il entend :
- Dégage de mes bottes !
Ah bè ça alors, il se fait disputer tout de suite alors qu'il a rien fait .
C'est nul !
Il ressort dégouté par son triste sort et avance encore .
 
Un petit poussin avisé en vaut deux : méfiance !
 
Il s'assoie et se souvient ...
 
Troisièmement : les parents de carton
Premièrement : Oum platichotte
Deuxièmement : la tempête
Quatrièmement : l'Eugénie des larmes
Cinquièmement : Broutille
Septièmement : Niagara Tiboize
Sixièmement : les biscuits du château d'Hanne hiversère
Dixièmement : Schmélele
Huitièmement : Bâbe
 
Il n'est pas sur de très bien savoir compter, mais ses souvenirs ça le rassérène .
Il n'est plus tout seul .
Il est si petit qu'on ne va pas le trainer en justice pour obtenir une commission dérogatoire pour si peu !
Il ne va pas se laisser aller à se morfondre , non !
 
Enferré depuis deux cent soixante six secondes dans ses pensées, il se dit qu'il a faim .
Il entend tout à coup une gentille voix pas rauque du tout qui lui dit :
- Ali, tes rations !
C'est Métébouché qui ne l'a pas oublié et qui l'a suivi.
Il  comprend qu'il lui suffit d'ouvrir son petit sac à délices pour se mouvoir sans crainte dans ce monde de brutes .
 
Il s'assoit, et attrape sans plus attendre l'album - un ami invisible - de son maître et change de son .
 


Publié dans : enfance
Dimanche 15 janvier 2006


L'image “http://www.futura-sciences.com/img/cos_01.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.


J'aime à la folie celui qui n'est sorti ni de mon ventre, ni de mon sexe, ni par les fesses, ni par la tête.
Je ne saurai jamais comment il est venu au Monde.
Il ne saura jamais comment il est venu au Monde.
Je ne peux qu'imaginer la brousse, les douleurs de sa première mère alors que moi, déjà, je l'attendais en douceur.
A-t-elle crié ? Crie-t-on quand on donne la vie là-bas ?
Je n'en sais rien.
On ne nous a pas présenté elle et moi.
Je n'en saurai jamais rien.
Mais je saurai le transmettre.

Le lieu de naissance de mon enfant est tronqué ; même pas sur les cartes d'état major de son pays natal.
Son lieu de naissance est un mystère sur cette chère Terre qui met au Monde des affamés, des orphelins ...

J'aime mon fils comme les autres.
J'aime ce fils comme les autres.
J'en suis folle, j'en suis dingo .
J'aime cette vie , à fond les manettes, comme sur un manège de fête foraine.
Ca tourne, ça tourne, ça fait peur et ça fait rire en même temps.

Certains n'aiment pas les manèges ; trop populaires, trop bruyants !
La vie qui fait du bruit,
qui n'est pas poétique,
elle n'en n'est pas moins vie.
La vie qui arrive avec l'anémie, la syphillis, l'hépatite, les parasites, c'est la Vie .

La vie qui se bat, qui prend place, ici, mais qui ne se terre pas, qui ne prend pas racine, qui bouge, qui réagit, qui est là et ailleurs en même temps, toujours. L'admirable vie.

La vie qui grince parfois comme une vieille balançoire, parceque c'est douloureux de savoir qu'on ne nous racontera hélàs jamais, si on est sorti par les fesses ou par la tête .

Annick SB


J'adore ...

  Pas de Pannick, tout va s'arranger ...

à vous ...

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

petit lien ...

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus