- Toile d'Egon Schiele -
Je ne sais pas bien où on les trouve les formulaires dont parle Thiéfaine dans une de ses chansons ; ceux d'autorisation de délirer !
Pas de sécurité dans le délire,
pas de train à prendre ,
et rien à apprendre...
ça se passe ailleurs que dans les administrations,
sur des chemins que nous traversons toutes, les yeux hagards, à des moments ou à d'autres quand tout s'en mêle et s'emmêle sans frein.
Il est toujours trop tôt , trop tard pour se voir, va savoir !
Pourtant j'en ai besoin, là, tout de suite, ce soir, maintenant de ces foutus papiers !
Ce n'est pas un caprice.
Besoin de m'autoriser à vous dire quelques mots et pas des mots d'amour rassurez vous.
C'est pas chronique chez moi les mots d'amour.
Vous allez en prendre plein votre grade pour pas un rond,
Non mais des fois !
C'est qu'il faudrait être polie en plus d'être belle et heureuse !
Quel toupet !
On en manque tant pourtant ...
Vous me parlez ?
Vous n'êtes pas gradé me dites -vous ?
Tout juste fiévreux ; d'accord .
Fièvre abandonnique en tête , peut-être...
Mais de quel côté est l'abandon ?
Vous me laissez m'égarer là, même pas dans les rêves, même pas dans les nuits juste sur cet écran.
Vous laissez mes envies me saisir, me surprendre au détour d'une page,
d'un mail,
d'un ennui,
d'un rêve,
d'un délire.
Vous laissez couler cette indifférence, cette trouille du genre humain et il faut qu'elle vous colle aux tripes à cause d'une autre, d'une autre vie qu'on aurait pu, qu'on aurait du avoir, saisir, laisser s'enfuir avec des "si" mis en bouteilles...
J'ai plus soif ; je crois que jai trop bu.
Vous saluer ou vous saouler ?
Que dois-je faire ?
L'ivresse de montrer bonne figure sans tituber .
Autorisation de se laisser aller à des paroles mi figues mi raisin, mi dures mi glacées, à demi mots, cachées dans une voix sans son, sans alccol, sans détresse, sans souffle, sans vie .
Neutre.
Une voix qui dirait des paroles qui ne seraient plus paroles d'amour, plus paroles de rien.
Des paroles tues, tuées, comme une lettre de rupture, comme une césure ;
la chute lente du temps qui passe et des amours à naître qui déjà trépassent,
trop vite,
trop tôt,
toujours,
tout le temps...
Circulez y'a plus rien à voir , plus rien à entendre.
Tout a déjà été ramassé avant que vous vous approchiez.
C'était éparpillé, là sur le sol, sur l'écran, posé, étalé, plié ; c'était mis à nu, comme ça, sans coup monté, et hop, des pages et des pages de mots écorchés et avec un regard, le votre, tout semble pourtant s'être effondré.
Vous avez jeté un regard sur le tas d'images, de photos, de clichés, de rêves et il s'est envolé le rêve cet idiot car il a rougi d'être mis à nu sans rempart, sans paravent.
Il fallait y penser avant me direz-vous !
... demande expresse d' autorisation d'extirper le rêve de mon crâne ...
- accordée votre honneur -
... trop tard ...
- c'est plus l'heure de délirer ? -
...les guichets sont fermés ; je le sens, je le sais ...
transparence
franchise
émotions
frissons
autorisation de quoi déjà ?
de l'attente
de l'effroi
ma foi !
Elle est où la vraie vie ?
à l'asile ?
dans la rue ?
dans un ordinateur ?
Non, ce n'est pas possible ça !
Rappellez moi l'adresse je crois que je suis perdue.
Et si je vous tiens tête ?
C'est que je n'ai pas de temps à perdre !
J'ai trop de choses à faire et vous le savez bien
le concret
d'abord le concret
toujours le concret
encore le concret même qu'on finit par ne plus savoir ce que ça veut dire ...
Le quotidien qui use, tue, essouffle, craquèle ...
Circulez vous dis je, passez votre chemin .
Y'a rien à voir, ni dans la cuisine, ni devant la planche à repasser, ni devant le four, ni dans la cour, ni dans la chambre, nulle part.
On achève bien les chevaux alors les femmes , vous pensez ...
Annick SB
à vous ...