Je crois que ...

 
 ... la vérité de l'absurdité de notre présence ici-bas nous fait mal aux yeux et il est rassurant de fixer par moments quelques gribouillis sur n'importe quel support afin que les images sordides et réelles qui nous pètent à la figure constamment n'envahissent pas nos nuits.
Faites de beaux rêves...




Femmes

Publié dans : Femmes
Dimanche 22 juin 2008
Elles sortent du lit lentement et enfilent leurs mules à pompoms plumés en appuyant les mains sur leurs genoux endoloris pour faire balancier avec le reste du corps.

Elles avancent dans le couloir, à petits pas, en plissant les yeux pour ne pas être éblouies par le jour nouveau, encore un qui éclabousse d'intensité arrogante.

Elles se font chauffer le café et le regarde passer, goute à goutte en tenant prèts pour l'affronter, bol et cuillière dans chaque main.

Elles agissent parfois comme des supporters et crient crient en silence pour partager la grande blessure et oublier lentement le sort, ce coquin comme on dit chez nous qui dresse une armure rouillée avant la pluie et qui empêche tout regret car il lave le crâne à la manière d'une douche froide.

Elles sombrent béantes et immobiles dans l'illusion d'une journée sans surprise car on ne doit pas effaroucher par le timbre de la voix, ni le voisinage, ni le chat qui dort, ni le paillasson poussièreux et encore moins le repos forcé, gaspillé à regarder passer le temps crochet à la main.


Elles ferment les paupières alourdies par la poudre devenue inutile, qui les rendait plus bleues, plus vertes, plus claires jadis c'est vrai , et qui ne scintille plus que dans le rêve glacé du papier de revue que l'on lit à la hâte, bêtement calée dans le fauteuil ou pire, dans la salle d'attente d'un service.


Elles attendent d'ailleurs, là, seules, le moment difficile du verdict ou il faudra sortir, mimer la promenade, et immédiatement avouer la fatigue, le souffle court, en enfilant la toile de coton et  lin tamponnée comme si c'était une peau dessous l'armure de chair enflée par le chagrin, la fatigue et même l'irrespect d'autrui parfois.


Elles tendent le bras aux veines bleues indécentes qui invitent l'aiguille à expirer le glou glou glou du liquide froid qui les aidera peut-être à chasser les raclements de gorge incontrôlés et les autres maux bien malins.

Elles chuchotent pourtant en fredonnant " le tour de l'île " de leur vedette adorée désormais muette dans radios mal réglées qui occupent la pensée au tout petit matin.


Enfin, oui enfin, lentement, elles soupirent , se recroquevillent et imaginent le grand départ, le grand voyage de 42 milles , loin plus loin , encore plus loin ...


Annick SB


Publié dans : Femmes
Jeudi 27 septembre 2007

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Aquarelle de Jürgen Görg

La première fois que je me suis vengée, je n'y suis pas allée de main morte, ça non !
Mes actes n'ont pas trahi ma réputation de bazookeuse, de bulldozer !
Dès qu'il est sorti de chez lui et qu'il a traversé la rue pour monter dans sa caisse, j'ai appuyé sur le champignon de ma bagnole dont le moteur tournait au ralenti, je ne lui ai pas laisser le temps de se pousser et je l'ai renversé, le laissant s'éclater le crâne sur le trottoir.

Sproutch !

Non, c'est pas vrai ; ce n'est pas comme ça que ça s'est passé ...

La première fois que je me suis vengée je n'avais pas envie de le tuer, non, juste de le blesser , de lui faire mal.
En fait j'avais coupé le moteur de ma voiture et j'attendais qu'il sorte, garée devant chez lui. J'avais pris un grand couteau de cuisine à la lame bien aiguisée. Dès qu'il a ouvert sa porte, j'ai bondi sur lui et je l'ai poignardé directement dans le ventre.

Vioups !

Non, c'est pas vrai ; ce n'est pas comme ça que ça s'est passé ...

La première fois que je me suis vengée, je n'ai pas eu envie de lui faire mal ; j'ai eu envie de le salir.
En fait je ne souhaitais pas le croiser, alors j'ai sonné chez lui quand il était au boulot et qu'il n'y avait que ses enfants dans la maison un mercredi après midi ; ils m'ont ouvert bien sur . J'ai demandé à récupérer mes affaires dans le tiroir de la commode de sa chambre ; j'ai sorti de mon sac à main une bombe de peinture et je me suis défoulée sur les murs, sur le sommier, le matelas et la couette, en tagant un nombre incalculable d'insultes à l'encre indélébile.

Tschack !

Non c'est pas vrai ; ce n'est pas comme ça que ça s'est passé...

La première fois que je me suis vengée je n'avais pas envie de le souiller mais de le faire chier tout simplement.
Alors j'ai décidé de m'attaquer à sa bagnole et à l'aide de ma clé j'ai transformé ce tas de ferraille en zébre ! Plusieurs traits sur la carrosserie, bien profonds, faits méthodiquement de hauts en bas.

Zioup !

Non c'est pas vrai ; ce n'est pas comme ça que ça s'est passé ...

La première fois que je me suis vengée , je n'ai pas eu envie de le faire chier, mais de l'humilier.
Alors je lui ai déposé dans sa boite aux lettres une longue missive où je faisais la liste de tous ses défauts de tout ce que je lui reprochais  et il y en avait tant à dire, que ça m'a pris une quinzaine de pages !
Voilà il se prendrait ça en plein poire le saligot !

Bing !

Non, c'est pas vrai ; ce n'est pas comme ça que ça s'est passé ...

La première fois que je me suis vengée, je n'avais pas envie de l'humilier mais de le faire réagir tout simplement.

La première fois que je me suis vengée , c'était la nuit.

Il était trois heures quarante cinq.

Une insomnie s'était pointée, la conne,

J'avais des crampes dans l'estomac .

Je respirais avec difficulté .

Ma gorge était bloquée .

J'avais l'impression de suffoquer, de m'enfoncer dans un gouffre, de tomber, tomber, tomber, tomber ...

Je pleurais ; et je n'ai rien réussi à faire d'autre que de décrocher le téléphone pour le réveiller.

J'ai fais sonner cinq coups.

Puis j'ai raccroché.

Quelques minutes après j'ai encore fait sonner  cinq coups pour le faire sortir du pieu où il dormait avec ma remplaçante.

Et puis ...
J'aurai pu faire ça toute la nuit ...
Toutes les nuits ...

Mais ...
Je me suis fait pitié et comme je n'aime pas me faire pitié, j'ai décidé tout autre chose.
La première fois que je suis vengée en fait, c'est simple, j'ai choisi le calme peut-être pour la première fois de ma vie.
J'ai envoyé un mail de deux lignes qui disait en substance que je le remerciais pour sa proposition d'aide de bricolage mais que j'allais me débrouiller autrement !

La première fois que je me suis vengée, je n'ai rien fait.
J'ai choisi la paix et je me suis sentie grandir, grandir, grandir ... ziouppppppppppp ... en retrouvant ma dignité et ma sérénité .


Annick SB

Publié dans : Femmes
Lundi 25 juin 2007
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            Layachi HAMIDOUCHE




Tu envisages le manque comme un goutte à goutte d'acide
une brûlure lente
une fragile dépendance qui te hantait, que tu n'étais pas prête à vivre.

Tu envisages le manque qui t'habite comme une vengeance sur tes espoirs fous, interdits, peureux, brimés
comme une caresse polluée d'amertume
comme un oeil scrutant tes désirs d'ascension, de rebond, annonçant un vertige qui hisserait tes mots en les pinçant entre le pouce et l'index et te les mettrait sous le nez comme on met la truffe d'un chien dans la pisse lorsqu'il s'est oublié.

Tu envisages la manque comme  une sentence
comme un tourbillon d'affolements
d'hésitations
de frousse
le manque comme une longue habitude dosée à chaque étape par les rires et les mots
jamais trop haut
jamais trop fort
mais néanmoins timbrés.

Tu envisages le manque comme un destin tordu
comme un tord boyaux sans liquide
comme une vague sans ressac
comme un sac dans lequel on a enfermé le petit chat qui venait de naitre
pour l'étouffer justement
tu envisages le manque comme ton asphyxie
et tu te cramponnes pour ne pas trébucher.

Parfois le manque devient une rampe
un paravent au trop d'abandon
l'aspiration à tout abandonner justement pour ne pas succomber
un appel vers la mort pas encore apparue
une retenue
un suicide vivant
une déchéance
mais la tienne seulement, la tienne bien sûr, pas celle de tout le genre humain
tu vois le manque comme un égoïsme
une coupure, nette, franche
une solitude mondaine
un appel au secours.

Et puis, jour après jour, tu envisages le manque comme un escalier d'oxygène
comme les murs salvateurs d'une liberté qui t'appeure
la tienne
celle que tu as gagnée
conquise
gravée dans les plis de ton indifférence et de ta compassion envers toi-même
tu envisages le manque comme ta vérité ...

alors, alors seulement, tu vois la vie en rose et, apaisée tu fermes enfin les yeux et tu souris comme un bébé !

Annick SB
Publié dans : Femmes
Dimanche 10 juin 2007


"On aurait dit la guerre ou bien un jour férié, sans repas de famille, sans électricité " ... paroles de Diabologum ...



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Dessin d'Antonio de la Garanda ( 1861-1917)


Elle vient de s' allonger, sur le côté ; elle est seule ; elle ne dort pas ; elle ne rêve pas.
Elle laisse filer le temps.
Elle se recroqueville car tout à coup, elle a mal au ventre.
Elle vient d'éteindre la radio et son esprit s'est figé sur une phrase qu'elle a entendu et qui explique peut-être sans le savoir ce qui se passe.
Elle n'en a plus pour longtemps et elle apprécie enfin cette absence d'attente.
 
C'est calme.
 
Dans sa tête les paroles de la dernière chanson de Diabologum remontent tel un renvoi acide, comme quand on n'a rien avalé depuis longtemps.
Elle marmonne :
 
-  "la guerre"  ; ça lui a fait penser à cachot .
 
Elle chasse immédiatement cette image de sa tête ; c'est terminé ça ; c'était il y a si longtemps.
 
C'est pas ça qui cloche.
 
- "un jour férié "  ?  sans  parloir ; habituel ; ça aussi elle le chasse de sa tête ; c'est pas important ; elle avait vite pris l'habitude et elle en est sortie de toutes façon.
 
- "sans repas de famille"  ;  souvenir inexistant ; ça passe aussi mais ça fait mal ; elle voulait faire différemment elle ; trop tard.
 
 
C'est donc le mot " électricité "qui vient  à la fois de la mettre mal à l'aise et de justifier toutes ses pensées.
 
" sans électricité "
Merde !
Galère .
EDF a coupé.
Et c'est là que tout a commencé , c'est ça , oui c'est exactement comme ça que c'est arrivé.
 
 
Tout a commencé par une coupure de courant ; ça l'a rendu dingue ; elle les a maudit avec sa rage habituelle ; elle  n'a pas encaissé  que la misère lui tombe  dessus, comme ça, d'un coup ; elle savait bien  qu'elle n'était pas la seule ; est-ce rassurant d'ailleurs de savoir qu'on est nombreux dans la misère ?
L'apprécie -t-on davantage, hein  ?
 
Plus d'électricité.
Elle répétait cette phrase, comme un robot, le jour où c'est arrivé.
- plus d'électricité -
- plus d'électricité -
- plus d'électricité -
 
Elle a du faire chauffer le lait de la petite au butagaz l'autre matin et elle s'est fait une cloque avec l'allumette car le racloir de la boite était humide et elle a du s'y reprendre plusieurs fois pour voir la flamme.
 
" sans électricité "   C'était tous les jours qu'on aurait dit ce jour avant .
 
C'est comme si il n'y avait plus rien  que l'attente d'un autre jour qui ne viendra pas, elle le sait bien.
Faut pas la prendre pour une idiote non plus.
 
 - recroquevillement , absorption , solitude, sans maître d'oeuvre pour polir la peine , sans rien, solitude , absorption, recroquevillement -
 
Elle se sent à l'étroit.
Elle n'arrive  plus à bouger parce que son champ d'action est limité par des barbelés de rien du tout qui l'encerclent.
Putain, comme elle va  faire pour sortir de là, pour se relever, pour aller la chercher à l'école.
 
L'attente .
Tout  n'est désormais qu'attente.
 
 
C'est  violent et calme à la fois l'attente, finalement, comme de la résignation.
solitude, noirceur...
 ... respiration coupée peu à peu,  pas d'un coup.
 
...  lent lent lent  ....  et sans fin  ... long long long ...  et flippant  .... et ça tourbillonne comme ça dans sa tête ...
Elle  perd un peu pied  ...  lentement ...
 
Maintenant elle est calme.
Sa respiration se ralentit.
C'est certain,  elle tient le bon bout .
Sa lumière  vacille et s'éteint.
 
Le dernier regret peut-être, la petite n'aura jamais de repas de famille elle non plus , mais à quoi bon ... sans électricité !
 
 
Annick SB
Publié dans : Femmes
Dimanche 27 mai 2007

http://jacquesmuller.be/images/Attente_a75.jpg


         Attente - jacques Muller -


"La voix féminine tombe du haut-parleur, légère et prometteuse comme un
voile de mariée."

Mais moi je ne suis pas dupe.
oh non !
Je sens bien qu'ils cherchent à nous impressionner, à nous attirer vers une vie spéciale.
Je sais déjà qu'il ne faut pas bouger, ne pas en faire trop, et surtout se taire.
Je sais que tout ça c'est de la foutaise, que personne ne viendra me chercher ni ce soir ni les autres soirs,
et c'est tant mieux finalement.

Quand j'entends le prénom de mes amies, quand je les vois se lever une à une, lentement, et esquisser un sourire d'espoir j'ai envie de les tuer.
D'un coup comme ça, comme souvent, comme toujours ; ça me reprend : la rage.
Pour ne pas à avoir à affronter leur peurs futures, leurs reproches, leurs remontrances et surtout leur honte quand elles reviendront déçues.
Parce que j'en ai vu revenir, oui, je vous le dis moi .
J'ai envie qu'elles ne soient pas là.
Je crois que j'aimerais être seule.
Mais ça je ne peux le dire à personne et surtout pas à elles.
Elles sont si fragiles, si envieuses, si bêtes.
Happées par cette voix qui les interpelle, elles ont soudain la foi.
Les naîves...


Cette voix familière, douce, presque indécente de tendresse qui chaque fois me heurte sur le quai de la gare.
Je n'ai pas l'habitude.
Elle se veut belle cette voix , prometteuse, attirante.
Mais que promet elle réellement ?

Je vous le demande :
- avez vous idée ce ce qui va se passer là-bas, pour les élues ?
- avez vous idée qu'elles seront peut-être égorgées comme des porcs ?
- ou menottées ?
- ou vendues ?
- ou emmurées même, on ne sait pas ?
- comment avoir confiance en cette voix féminine ?
- comment surmonter ces décibels enjoués qui ne sont peut-être qu'un piège ?
D'ailleurs pourquoi me mettent-ils dans la file d'attente avec elles ?
Je n'ai rien demandé.
Jamais.
Je n'attends plus rien.
Je suis vide.

C'est flou, vaporeux...
Je tremble.
J'ai froid.
J'ai froid à tout mon petit être chétif qui réclame.
Il réclame en permanence...
une caresse
une promesse

Il réclame.


"La voix féminine tombe du haut-parleur, légère et prometteuse comme un
voile de mariée."


Annick SB
Publié dans : Femmes
Lundi 13 novembre 2006

http://www.blogs-afrique.info/senegal-politique/images/mars%202007/intendance-militaire-2%20.jpg


Derrière le mur, elle ne voit rien .

Bien entendu, cela serait trop facile de pouvoir les espionner comme ça, incognito.

Elle ne voit rien avec les yeux mais les imagine et ça lui suffit.
La cour n'est pas très grande, vide, les barbelés sont toujours en hauteur., les couleurs n'existent pas ; tout est terne.
Rien n'a changé.

Elle sait que des femmes se retrouvent chaque jour, à chaque saison, dans une cour sans joie, similaire à celle là, pour une promenade ni très longue ni très courte, une promenade qu'elles n'ont pas choisie, qui n'a de sens que celui de la respiration obligatoire, pour ne pas sombrer dans l'enfermement alors que ... derrière le mur justement, il y a toutes la peine des femmes, celles qui avaient faim, celles qui étaient misérables et qui le sont encore, celles qui étaient un peu folles, un peu trop à contre courant, un peu trop vivantes et qu'il fallait calmer, celles qui n'ont eu d'autre choix que celui de se recroqueviller après avoir crié trop fort.
Toutes ces femmes qui lui ressemblent dans ses rêves de délivrance.

Derrière le mur, elle cherche à apercevoir, à comprendre, à voler l'explication des chemins tortueux qui entrainent certaines à d'innomables meurtres.
Certaines mais pas elle, et dans son oeil qui scrute elle sent l'amer goût du regret d'avoir toujours été parfaite, enfin, à ce qu'on lui disait, de ne jamais avoir pu montrer sa rébellion, de s'être tue tout le temps.

Derrière le mur elle aurait aimé voir le silence , la terminaison de la cruauté, l'arrêt des peines , elle aurait aimé voir les ombres de ses songes, elle aurait aimé voir le passé, le lointain passé qui n'aurait plus lieu d'être, elle aurait aimé voir un musée de cire, des statues, des fantômes artistiques posés contre des arbres, des corps de fil de fer animés, des corps de cartons machés allongés dans des cercueils de verre, elle aurait aimé voir les saisons, des couleurs, une fête, des pas de danse, des rubans qui s'envolent, mais non, elle contemple une cour, vide.

Elle sait que l'heure n'a pas encore retenti, que le temps a demandé une permission, ce qui lui permet d'être voyeuse, juste un instant , en passant, ce qui lui permet de trahir ses bonnes manières, sa bonne éducation, sa longue absence de curiosité pour les autres, son manque éducatif de compassion.
C'est plus fort qu'elle, en passant, il faut qu'elle regarde.
Elle ne voit rien mais ça la remplit quand même de doutes, d'interrogations tout à coup.
Ce n'est pas le " où sont-elles ? " qui la chatouille, mais peut-être le " pourquoi ? " .

Elle sait que tout à l'heure, un jour ou bientôt, la cour sera à nouveau pleine et bruyante de toutes les ombres féminines vivantes mais anéanties qui peuplent encore nos cachots, ici, là-bas, pour nous donner la conscience que le châtiment humain est nécessaire, pour nous enlever le poids du jugement individuel , pour lui permettre de croire, à elle et à quelques autres que dehors on est libres.

Derrière le mur, elle ne voit rien, mais elle imagine.

Annick SB

Publié dans : Femmes
Mardi 7 novembre 2006
Je suis depuis toujours fascinée par les faits que l'on dit divers . Ils se répètent au gré des années, des pays, et ils représentent pour moi une source inépuisable d'interrogations sur le sens de la vie, des vies, de l'histoire, des histoires humaines.
Et j'aime les histoires humaines car je suis curieuse de vous ...

L'actualité récente me donne envie de vous livrer ce texte, écrit l'hiver dernier à partir d'une consigne précise où l'on devait imaginer ce qu'il advenait de la lumière du frigo une fois la porte de celui-ci fermée .

Bonne lecture .

L'amour maternel existe ; je l'ai rencontré ...

- Mademoiselle, est ce vrai que ...

- Oui, j'ai fait ça .

- Mais ça a été facile à réaliser ?

- Oui, c'était enfantin .

- Et vous ne regrettez pas votre geste ?

- Non, je ne regrette pas ; je n'ai jamais rien regretté de ce que j'ai fait .
 Pourquoi regretter ?

- Mais enfin, c'est abominable .

- Non, je vais vous raconter, en fait, c'est simple .

Plusieurs fois d'affilé, là, bêtement, je me suis pointée ce jour là devant mon frigo et j'ai ouvert, puis fermé la porte à la recherche d'une idée, d'une explication ...
J'ai essayé de coincer le petit interrupteur , mais je n'avais aucune assurance qu'il reste coincé une fois le frigo fermé .
J'ai mis du sparadrap, mais bon, il pouvait se décoller ...
Je ne voulais pas que la lumière s'éteigne dès que j'avais repoussé la porte et je me doutais bien qu'elle s'éteindrait .
Mais à ce moment de l'histoire, ça me déplaisait comme idée ; pire que déplaire d'ailleurs ; c'était angoissant à souhait .
Maintenant, et pour quelques jours encore la lumière ne pouvait pas, ne devait pas s'éteindre.
Il ne le fallait pas !
Il en allait de ma santé mentale et vous allez vite comprendre pourquoi ...
Enfant, mon angoisse de l'obscurité était telle que je ne pouvais m'endormir sans veilleuse .
Mes parents avaient tout essayé en vain ; les calins, les menaces, les punitions, le raisonnement ...
On ne raisonne pas les personnes qui ont la trouille aux tripes ; jamais !
Et là, je me mettais à sa place ; il ne devait pas être drôle pour lui, d'être là, recroquevillé dans le froid , alors si en plus c'était dans l'obscurité !
Rrecroquevillé, c'est un doux euphémisme, morcellé plus excactement, morcellé .
Comment allait -il passer la nuit ?
J'avais réussi à l'extraire péniblement de moi, mais j'avais été incapable de le jeter comme prévu.
Je m'étais donné une semaine, une semaine de réflexion pour trouver quoi faire de ce petit corps chaud et visqueux qui s'était étouffé en silence sous mon oreiller .
Je ne me trouvais pas cruelle ; seule la vie l'était ; l'incapacité de l'avenir en fait était cruel , mais pas moi .
Non, là, je ne pouvais pas me sentir coupable ou cruelle.
Je savais que ça viendrait peut-être après les sentiments de regret, de perte et de rage, de culpabilité même qui sait ?
Pour l'instant je dégustais avec saveur le premier sentiment maternel, le seul, celui qu'on ressent quand on donne la vie, dans n'importe quelle condition :

- le sentiment de protection -

J'avais vidé le frigidaire de tout ce qu'il contenait :
une plaquette de beurre
une botte de radis
quelques yaourts nature
un pot de confiture de framboises et un pot de moutarde ...

J'avais désinfecté avec du jus de citron les parois blanches .
Pendant mon ménage, le bébé refroidissait calmement sur mon lit ; ma mère m'avait toujours dit que pour ne pas abimer le frigo, il ne fallait jamais mettre de choses chaudes dedans .
J'étais précautionneuse .
Quelques heures plus tard, j'avais déposé mon bébé sur la clayette, sans layette parce que je n'en avais pas sous la main, pour qu'il se rafraichisse les idées .
Mais en le posant, je m'étais soudainement rappelé que moi, depuis toute petite, j'avais peur du noir ...
Et si lui aussi avait la même peur ?
C'était mon fils après tout .
Il fallait que je trouve un moyen de lui laissser une petite lumière à mon bébé ; je ne voulais pas qu'il ait peur .
D'ailleurs, je compte sur vous pour m'expliquer comment faire si jamais le sparadrap se décolle .
S'il vous plait , vous m'expliquez ?

Annick SB

Publié dans : Femmes
Lundi 16 octobre 2006
 
L'image “http://www.vertechinc.com/archive/family4(4)/schiele.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.

                     - Toile d'Egon Schiele -
Je ne sais pas bien où on les trouve les formulaires dont parle Thiéfaine dans une de ses chansons  ; ceux d'autorisation de délirer !
Pas de sécurité dans le délire, 
pas de train à prendre ,
et rien à apprendre...
ça se passe ailleurs que dans les administrations,
sur des chemins que nous traversons toutes, les yeux hagards, à des moments ou à d'autres quand tout s'en mêle et s'emmêle sans frein.
Il est toujours trop tôt , trop tard pour se voir, va savoir !
Pourtant j'en ai besoin, là, tout de suite, ce soir, maintenant de ces foutus papiers !
Ce n'est pas un caprice.
Besoin de m'autoriser à vous dire quelques mots et pas des mots d'amour rassurez vous.
C'est pas chronique chez moi les mots d'amour.
Vous allez en prendre plein votre grade pour pas un rond,
Non mais des fois !
C'est qu'il faudrait être polie en plus d'être belle et heureuse !
Quel toupet !
On en manque tant pourtant ...
Vous me parlez ?
Vous n'êtes pas gradé me dites -vous ?
Tout juste fiévreux ; d'accord .
Fièvre abandonnique en tête , peut-être...
Mais de quel côté est l'abandon ?
Vous me laissez m'égarer là, même pas dans les rêves, même pas dans les nuits juste sur cet écran.
Vous laissez mes envies me saisir, me surprendre au détour d'une page,
d'un mail,
d'un ennui,
d'un rêve,
d'un délire.
Vous laissez couler cette indifférence, cette trouille du genre humain et il faut qu'elle vous colle aux tripes à cause d'une autre, d'une autre vie qu'on aurait pu, qu'on aurait du avoir, saisir, laisser s'enfuir avec des "si" mis en bouteilles...
J'ai plus soif ; je crois que jai trop bu.
Vous saluer ou vous saouler  ?
Que dois-je faire ?
L'ivresse de montrer bonne figure sans tituber .
 
Autorisation de se laisser aller à des paroles mi figues mi raisin, mi dures mi glacées, à demi mots, cachées dans une voix sans son, sans alccol, sans détresse, sans souffle, sans vie .
Neutre.
Une voix qui dirait des paroles qui ne seraient plus paroles d'amour, plus paroles de rien.
Des paroles tues, tuées, comme une lettre de rupture, comme une césure ;
la chute lente du temps qui passe et des amours à naître qui déjà trépassent,
trop vite,
trop tôt,
toujours,
tout le temps...
Circulez y'a plus rien à voir , plus rien à entendre.
Tout a déjà été ramassé avant que vous vous approchiez.
C'était éparpillé, là sur le sol, sur l'écran,  posé, étalé, plié ; c'était mis à nu, comme ça, sans coup monté, et hop, des pages et des pages de mots écorchés et avec un regard, le votre,  tout semble pourtant s'être effondré.
Vous avez jeté un regard sur le tas d'images, de photos, de clichés, de rêves et il s'est envolé le rêve cet idiot car il a rougi d'être mis à nu sans rempart, sans paravent.
Il fallait y penser avant me direz-vous !
 
... demande expresse d' autorisation d'extirper le rêve de mon crâne ...
- accordée votre honneur -
... trop tard ...
- c'est plus l'heure de délirer ? -
...les guichets sont fermés ; je le sens, je le sais ...
 
transparence
franchise
émotions
frissons
autorisation de quoi déjà ?
de l'attente
de l'effroi
ma foi !
Elle est où la vraie vie ?
à l'asile ?
dans la rue ?
dans un ordinateur ? 
 
Non, ce n'est pas possible ça  !
 
Rappellez moi l'adresse je crois que je suis perdue.
Et si je vous tiens tête ?
C'est que je n'ai pas de temps à perdre !
J'ai trop de choses à faire et vous le savez bien
le concret
d'abord le concret
toujours le concret
encore le concret même qu'on finit par ne plus savoir ce que ça veut dire ...
 
Le quotidien qui use, tue, essouffle, craquèle ...
Circulez vous dis je, passez votre chemin .
Y'a rien à voir, ni dans la cuisine, ni devant la planche à repasser, ni devant le four, ni dans la cour, ni dans la chambre, nulle part.
 
On achève bien les chevaux alors les femmes , vous pensez ...

Annick SB
Publié dans : Femmes
Lundi 9 octobre 2006
L'image “http://mireilleturcot.chez-alice.fr/photo1o.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.

Toile de Mireille Turcot, intitulée " d'un souffle. "


J'ai regardé dans le berceau et j'ai souri.
Lentement j'ai rebordé la petite fille endormie ...
 
 
Je viens de me glisser près de la couche de la parturiente.
Je déteste ce mot mais j'emploie ceux de tout le monde parce que je suis comme tout le monde.
La petite fille  nait, crie et entrouve les yeux .
Il y a tant dans ce regard : l'attente, la promesse, la chaleur,l'amour, la vie ...
 
Je suis là, proche, invisible encore et surtout silencieuse.
Ma discrétion est le prix à payer pour avoir un jour gain de cause.
Ne rien bousculer par la violence , surtout pas.
Ne pas leur ressembler.
Ne rien suggérer trop brusquement, surtout pas.
Les laisser imaginer...
S'imprégner de changemnet, lentement, lentement ...
Leur tordre la cervelle et leurs idées reçues, mais sans les mains, juste avec quelques paroles.
Les faire réagir, croire, espérer, vivre, partager ...
 
On ne se connait pas et je dois  m'immiscer dans cette vie future.
Par le souffle ...
Mon métier, c'est celui-là : je suis née pour souffler lentement sur les bébés filles.
Le souffle qui insuffle certains traits féminins, désirs, plaisirs à tous ces petits corps qui ne demandent qu'à grandir.
 
J'opère en Afganistan, là où la délivrance est rude .
J'opère en Albanie sans grande facilité .
Toujours dans le silence.
En Sicile et aussi chez nous, dans les campagnes et les quartiers.
Je travaille sans relache, penchée sur les berceaux, me faufilant entre les peaux mélées des mères souvent déçues et des petites filles ignorées mais bercées.
Je connais le Népal, à petits pas dans les sentiers.
Et puis la Chine aussi avec mes petits pieds.
L'inde et ses parfums, ses couleurs ...
Au Mali, je me faufile dans les cases et comtemple ta nudité .
Tu es belle mais vas-tu le rester ?
Et ailleurs, encore, toujours, tous les jours ... 
Je fais le tour du monde.
Dans un souffle serein, calme et reposé je transmets le message que la Nature a voulu octroyer :
- tu es femme en devenir ...
Et c'est pour ton avenir, petite fille, que je t'indique le chemin ...
Je souffle, souffle ...
Une fée un peu particulière qui n'a pas hélàs le don d'ubiquité.
Une fée immobile, qui rumine et trouve le temps long  avec ses petites enveloppes bleues, quinquénales et ses douces pensées.
Une fée sans visage dont on tente d'étouffer la voix, mais qui toujours s'égosille avec des  paroles sucrées qui ne parviendront pas forcément immédiatement dans tes oreilles ou sous ton drap, petite fille damnée, mais ça viendra ...
Je le sais ...
Quand je n'aurai plus de visage, plus de voix, plus de corps, je sais que le souffle grandira  encore car d'autres peu à peu se lèvent et soufflent, soufflent également.
Ca durera longtemps, longtemps, longtemps ... tant qu'il y aura des petites filles, tant qu'il y aura des dames pour qui souffler n'est pas jouer .
 
Annick SB
 
__._,_.___
Publié dans : Femmes
Lundi 11 septembre 2006

L'image ?http://www.jaquillard.fr/paintings/largepicts/le_supplicie.jpg? ne peut être affichée car elle contient des erreurs.

- Toile de Danièle  Jaquillard - le supplicié -
http://www.jaquillard.fr/index-fr.html

- La phrase entre guillemets est extraite da la chanson " de la neige en été " du groupe Diabologum. -



- Grand- mère c'est quoi  la révolution ?

Le mouvement , le bruit, la foule , le changement ? 
- Oui c'est ça , le changement ....
- Tu es sure grand-mère ?
- Non, je ne suis sûre de rien  ... on est toujours intercalé dans des images qui ne nous ressemblent pas et qui nous parlent en silence  ; ça j'en suis sûre ma chérie .
- Grand - mère raconte moi comment ça c'est passé , s'il te plait ; je n'ai pas bien compris , explique -moi .
- Une seule fois alors !
Tu es petite et je suis fatiguée de tout ressasser et puis y'a rien à comprendre tu sais ; c'est comme ça .
 
 
Ce jour  là , elle était encore en train de baragouiner  toute seule, tu vois .
 
Elle était devenue sourde, hermétique  !
- Grand-mère , ça veut dire quoi hermétique ?
- Chut, attend .
Elle répétait entre ses dents quelques mots insaisissables ; ça faisait plusieurs semaines que ça durait , qu'on l'avait observée .
Des mots, du vent, il n'y avait que ça dans sa tête ; elle monologuait, hagarde .
Elle n' avait pas lu le journal qui circulait en cachette,  de main en main .
Elle n' avait pas écouté toutes les conversations au réfectoire .
Elle n'entendait pas le bruit qui grondait .
Non, apparemment, rien n'entrait plus dans ses oreilles, tu vois, depuis qu'ils l'avaient emmenée un matin pour nous la rendre le soir, tuméfiée, en la lançant à nos pieds comme un paquet de chiffons .
 
- Grand-mère, ça veut dire quoi tuméfiée ?
- Chut, attend, je t'expliquerais après ; laisse -moi poursuivre .
 
Elle était sur son lit et il n'y avait plus qu'une chose qui comptait pour elle : remplir son petit carnet,  frénétiquement .
Remplir des pages et des pages de mots, de témoignages je crois ... de vérité elle disait .
La vérité ...
Tourner les mots dans tous les sens .
pour imager le vide .
le vide à manipuler ...
la vérité à fixer ...
Elle était  vide, oui,  et ça la faisait tellement pleurer qu'elle en  remplissait des feuilles, tu vois, de son vide à elle .
Et elle ne nous adressait plus la parole .
Mais bon, on allait quand même pas la laisser croupir, là, toute seule, avec ses phrases ressassées .
Drôle de manière de digérer sa vie qu'on se disait !
Elle commençait à nous agacer sérieusement avec ses silences suivis de  cris stridents  qui nous affolaient,  pour rien, et sa paresse , ses yeux vides eux aussi, morts .
Nous, on essayait d'attirer son attention, pour qu'elle voit ce qui se passait, qu'elle comprenne , qu'elle réagisse, qu'elle sorte de sa bulle .On tentait des conversations . On lui expliquait que tout allait changer que c'était bientôt fini . Rien n'y faisait .
 
Cet après-midi là, je l'ai observée , juste quelques secondes, sur le pas de la porte en me demandant ce que je devais faire de cette fille ; si c'était  bien la même qu'à son arrivée et puis voyant qu'elle ne répondait pas à mon appel, je l'ai empoignée de force et l'ai tirée dans le couloir . J'avais pas le temps de la raisonner , tu sais .
 
Il y avait du bruit à tous les étages, partout .
ça grouillait
ça bardait
ça s'écroulait
ça tremblait
ça grondait ...
On aurait dit une fourmillière dans laquelle on avait lancé une pierre, tu vois .
On  se bousculait, on  courait dans tous les sens  en hurlant de joie ...
Et elle, rien, elle ne disait rien .
Rien ne l'intéressait .
Rien de rien .
Un poids mort ; elle se laissait tirer sans réaction et j'étais épuisée .
Ses yeux étaient muets , en attente .
Son regard ? "On aurait dit la guerre ou bien un jour férié, sans repas de famille et sans électricité ."
Il me semblait  qu'elle n'existait plus , qu'elle était déjà éteinte  et je ne savais plus quoi faire pour la ramener à la raison, pour qu'elle se relève, fière, comme au début .
 
- Pourquoi tu as dis que les images ne nous ressemblent pas, grand-mère ?
- Parce que peut-être que ça ne s'est pas passé exactement comme ça ma chérie .
Dehors la révolution  avait éclaté, la liberté nous tendait les bras et elle, et bien, elle s'est recroquevillée,  sans parler .
 
Annick SB
 
Publié dans : Femmes
Jeudi 3 août 2006

http://www.1st-art-gallery.com/artists/klimt/gustav-klimt-seated-female-nude-study2.jpg


- Klimt -


Ils vont faire de toi une reine de papier, une reine d'ombres et de couleurs .
Ils vont te mutiler, un tout petit peu mais en douceur comme les bouchers qui découpent les quartiers de viande délicatement et avec le sourire en faisant attention de ne pas se blesser .

La viande c'est toujours nu .
Pourquoi es-tu nue ?
Voit-on mieux les formes, les courbes ?
Tes silences seraient-ils plus facilement perçus lorsque ta peau n'est pas habillée ?
Tu ne sais pas ;  ils te scrutent .
Tu ne leur demandes pas pourquoi ils se hâtent .
Tu ne fais que les percevoir et c'est déjà terminé .
Tu leur offres ta peau, en parcelles, en lambeaux comme de la poussière lumineuse et ça te fait du bien qu'elle s'étale sur leurs feuilles en amas de grains caressés.

Annick SB

 

Publié dans : Femmes
Lundi 15 mai 2006
www.co-naitre.net/galeri01.htm.

Quand on me les a posé sur le ventre, entre les seins très exactement ; j'ai vu leurs toutes petites narines se dilater et un apaisement soudain gagner les plis de leurs visages . Ils ont arrêté de crier .
J'ai perçu  l'odeur du bonheur qui traversait tout leur corps .
L'odeur du bonheur c'est l'apaisement, ni plus ni moins .
L'excitation, le manque, la peur et la rage  font place à la sérénité, par inspirations lentes  en quelques secondes précieuses .
J'ai adoré être témoin de la vie qui s'installe paisiblement et cela dès ses premiers instants avec le nez .
C'est incroyable de penser que ce sont les premières senteurs qui peut-être déterminent en partie pour tout le restant de l'existence, notre patience ou notre impatience, notre caractère insatiable ou non, nos peurs, nos cris, nos colères, nos doutes, nos calmes aussi, nos désirs ... nos rêves .
 
Et ça m'a fait sourire que l'odeur du bonheur ça soit un peu moi, à ce moment là . Ca m'a beaucoup plu !
Je me suis sentie quelqu'un de très très important et quand on a des doutes, vous comprendrez aisément à quel point l'odeur, le parfum de soi est fondamental  ; comme de l'estime retrouvée en quelque sorte . Comme une nécessité de poursuivre un peu .
A chaque fois, bien sur, je me suis sentie fatiguée, épuisée même, en nage ; mes cheveux collaient à mon crâne ; mon corps me semblait moite, je tremblais, j'avais un peu froid ; rien de très extraordinaire, sauf l'odeur justement surprenante et inhabituelle ... et pourtant !
L'effort était passé mais les traces olfactives qu'il avait représenté me semblaient un tantinet génantes pour les autres .
Et puis non, bien au contraire .
J'ai bien vu que l'odeur du bonheur se nichait sur mes seins à chaque fois .
Ca m'a fait rire, rire , rire de joie  .
La senteur merveilleuse qui comblerait longtemps leurs peines et tourments  ; je pensais être devenue ça,  comme un enchantement . Mon corps, tiraillé, vidé, douloureux, étrange s'effaçait dans ma tête pour laisser place au fondamental : mon odeur .
J'ai perçu mes bébés comme des  douces bêtes et ma poitrine comme un refuge sans fin, comme une caverne, comme un lit douillet et chaud et  tendre, comme un mouchoir charnu et doux .
Agressés par le latex des gants qui les avaient aidé à s'extirper de moi, agressés par l'odeur des champs de coton  qui avaient ôté les quelques traces de sang de leurs crânes, agressés par les émanations sordides des désinfectants nombreux et obligatoires de la salle, agressés par tant de  senteurs artificielles, et par le  bruit et la  lumière, il se sont calmés soudain, nichés entre mes seins en me reniflant .
 
Ca m'a plu , ça m'a plu d'être devenue une odeur, une simple odeur de bonheur inqualifiable .
Je crois, que mes propres narines se sont effacées pour ne pas sentir le mélange des produits pharmaceutiques qui imprégnaient  tous les coins de la pièce .
Ce que nous , adultes, nous percevions alors, était sans importance finalement .
Le seule chose qui comptait, à ce moment là, la seule chose qui importait plus précisemment pour moi c'était d'être perçue comme une odeur salvatrice, sublime, aimée, unique .
Etre mère, c'était  être sentie, ni plus ni moins , humée, reniflée jusque dans les rêves , tout simplement .
C'est cette évaporation d'amour, après le long travail de la naissance qui ne peut pas trahir l'enfant . Il l'aime et elle aime le sentir .
N'importe quelle femme est à ce moment là, absorbée par la complicité naturelle entre son  parfum et le nez de son nouveau-né; l'un cherchant l'autre jusqu'à l'abandon .
On en perd tous nos sens .
tant eux que nous  . ça chavire .
On ne se sent pas bien ? On se cherche, on respire ensemble et nos peaux nous rassurent autant que nos seins le font à travers  leurs narines ; le cycle de l'amour c'est notre odeur commune, mêlée à notre joie, nos attentes et nos pleurs . Ca nous ennivre .
Et eux, les  nouveaux-nés, nous réconcilient immédiatement avec notre animalité; ils nous permettent soudainement, rien qu'à travers le frétillemment des leurs petites narines, de comprendre que oui, rien n'est meilleur que notre propre odeur .
 
 

J'adore ...

  Pas de Pannick, tout va s'arranger ...

à vous ...

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